Par Joseph Danel
Producteur, réalisateur et scénariste américain, Dan Curtis demeure l’une des grandes figures de la télévision américaine des années 1960 aux années 1980. Son nom reste indissociable de "Dark Shadows", soap opera gothique quotidien dont il est le créateur et le producteur exécutif. Diffusée sur ABC de 1966 à 1971, la série mêle mélodrame, vampires, fantômes, sorcellerie et voyages dans le temps au fil de 1 225 épisodes.
Le succès de "Dark Shadows" permet à Dan Curtis d’en prolonger l’univers au cinéma. Il réalise successivement "La Fiancée du vampire" ("House of Dark Shadows", 1970) et "Night of Dark Shadows" (1971). Plus sombres et plus violents que la série télévisée, ces deux films confirment son intérêt pour un fantastique directement inspiré de la tradition gothique.

Au début des années 1970, Curtis devient l’un des principaux artisans du renouveau du fantastique à la télévision américaine. Producteur du téléfilm "La Nuit du vampire" ("The Night Stalker", 1972), c'est un immense succès d’audience réalisé par John Llewellyn Moxey. Dan Curtis met lui-même en scène sa suite, "The Night Strangler" (1973). Ces deux téléfilms donneront ensuite naissance à la série, interprétée par Darren McGavin, consacrée au journaliste Carl Kolchak : "Dossiers brûlants".
Dan Curtis multiplie alors les œuvres fantastiques et les adaptations littéraires. Il réalise notamment le téléfilm "La Voix du vampire" ("The Norliss Tapes", 1973) avec Roy Thinnes, "Dracula" (1974), avec Jack Palance, "Le Tour d’écrou" (1974), d’après Henry James, ainsi que "La Poupée de la terreur" ("Trilogy of Terror", 1975). Ce dernier téléfilm, écrit notamment par Richard Matheson, demeure célèbre pour son segment mettant en scène Karen Black aux prises avec une inquiétante poupée fétiche.
En 1976, Curtis revient au cinéma avec "Trauma" ("Burnt Offerings"), adaptation du roman de Robert Marasco interprétée par Karen Black, Oliver Reed, Bette Davis et Burgess Meredith. Malgré son relatif échec commercial, le film s’est progressivement imposé comme l’une de ses œuvres les plus estimées. Le réalisateur poursuit ensuite son exploration du fantastique à la télévision avec "Dead of Night" et "La Malédiction de la veuve noire", en 1977, avec notamment Anthony Franciosa.

À partir des années 1980, Dan Curtis délaisse progressivement le fantastique au profit de grandes fresques historiques. Il adapte les romans de Herman Wouk avec "Le Souffle de la guerre" ("The Winds of War", 1983) avec Robert Mitchum, puis "Les Orages de la guerre" ("War and Remembrance", 1988-1989). Ces deux ambitieuses miniséries consacrées à la Seconde Guerre mondiale comptent parmi les productions télévisées les plus imposantes de leur époque.
En 1991, Curtis tente de faire renaître "Dark Shadows" dans une nouvelle adaptation destinée à NBC. Malgré un accueil initial encourageant, sa diffusion est perturbée par la couverture de la guerre du Golfe. Aussi, la série est interrompue après douze épisodes. Il revient encore ponctuellement au fantastique avec "Les Visiteurs de l’au-delà" ("Intruders", 1992) et "La Poupée de la terreur 2" ("Trilogy of Terror II", 1996).
Jusqu’à la fin de sa carrière, Dan Curtis demeure fidèle à la télévision. Il meurt le 27 mars 2006, laissant derrière lui une œuvre essentielle, située à la croisée du feuilleton gothique, du téléfilm fantastique et de la grande fresque historique.
