Par Christophe Orzechowski
"Star Trek" fête ses 60 ans d’existence ! La série originale ayant été pour la première fois diffusée le 8 septembre 1966 sur NBC. Le Magazine des Séries souhaitait revenir à cette occasion sur une oeuvre télévisuelle fondementale, autant par le nombre de fans que compte cette série et que son univers ont su conquérir, que par le volume impressionnant de productions estampillées Star Trek, officielles ou pas, mais aussi par son influence sur une partie de la production télévisuelle, notamment celle explorant l’espace en général.

Au moment où cet article est écrit, la franchise compte désormais une douzaine de séries télévisées, live ou animées, ainsi que 10 films, et un téléfilm. Sans compter un nombre incroyable de romans, bandes dessinées, ou autres jeux vidéos. Il s’agit là d’un univers qui perdure à travers le temps, pas forcément de façon constante, mais surtout de façon marquante.
Cet univers créé par Gene Roddenberry a pour lui d’avoir su, à travers le temps, évoquer à chaque fois le monde des téléspectateurs et son évolution, tout en mettant en scène des thématiques universelles telles que : la compréhension de l’autre, qui n’est pas soi, mais a ses propres mœurs et coutumes ; la grandeur de l’être humain, mais aussi ses faiblesses ; l’acceptation de l’autre.
"Star Trek" est, plus que tout autre monde, et peut-être de façon naïve, si on est un tantinet cynique, construit avant tout sur la tolérance, et l’exploration de l’inconnu. Sous toutes ses formes.
Un Star Trek … ou plusieurs ?
Une telle profusion de séries et de film, un tel vivier de personnages, et de thèmes abordés, font qu’il n’y a peut-être pas un seul "Star Trek", mais plusieurs, qui coexistent de façon plus ou moins harmonieuse. Au point que tout le monde peut y trouver son bonheur, venir à "Star Trek" pour des raisons différentes, et y trouver de quoi le contenter. Telle production sera davantage orientée vers l’exploration, telle autre vers le fait d’offrir des épisodes à concept. Telle autre encore accentuera l'aspect comédie de l’univers.
Certains fans aimeront plutôt telle série, voire telle période de cette vaste franchise. Il semble d’ailleurs difficile, même si certains y parviennent, de tout aimer dans "Star Trek". Les amateurs occasionnels de cet univers seront moins regardants, tandis que les fans purs et durs, très investis, pourront même avoir parfois s’arroger le droit de décider ce qu’est vraiment "Star Trek" ou pas, ce qui en respecte l’esprit, ce qui s’en éloigne, ce qui mérite d’être considéré comme tel, ce qui doit être écarté, quand bien même il s’agisse d’une production estampillée "Star Trek". Une attitude quelque peu intolérante, convenons-en, digne d’ayatollahs de la pensée.
La vérité est, qu’on l’accepte ou pas, que c’est un univers qui appartient à tout le monde, en réalité, qui évolue avec le temps, et suit les changements d’époque. Aussi, exclure telle ou telle production parce qu’elle n’entrerait pas dans notre perception de ce qu’est "Star Trek", n’est pas une attitude très tolérante, et irait même à l’encontre des principes défendus par cet univers, serait-on tenté d’ajouter.

Pour les novices de cet univers, par quoi commencer ?
La question de savoir par quoi commencer, quand on est novice face à ce vaste univers, très étendu, est une question de bon sens, qu’il est donc logique de se poser. La réponse aurait pu être simple, mais elle ne le sera pas forcément. En réalité, il n’y a pas de méthode idéale pour se plonger dans "Star Trek". De nombreux fans ont commencé par une série – pas forcément celle de 1966 – d’autres par les films. Bien évidemment, le problème est que certaines séries jouent beaucoup des références et clins-d’œil à des œuvres précédentes.
Pour les plus courageux, face à une production qui accuse tout de même son âge, au niveau de sa réalisation ou de sa narration, ce serait de commencer par la version de 1966. On peut aussi débuter par un film, en replaçant celui-ci dans son contexte. Par exemple, en sachant que le tout premier film, de 1979, signé Robert Wise, est davantage contemplatif, tandis que "Star Trek II : La Revanche de Khan", est davantage tournée vers l’action.
La trilogie cinématographique lancée en 2009, produite entre autres par Bad Robot, et dont J.J. Abrams aura signé les deux premiers opus, peut être également un choix intéressant, pour découvrir les personnages historiques ou en tout cas une version d’eux. Même si ces productions sont décriées par les fans purs et durs de l’univers, qui savent mieux que les autres ce qu’est "Star Trek" et ce qui ne l’est pas, et qui y voient des films un peu trop proches de "Star Wars" à leur goût, à la fois par leur ton et leurs péripéties.
Commencer par des productions récentes, alors ? Elles sont un peu trop complexes à aborder, pour des personnes extérieures à l’univers, et peut-être pas si accessibles que cela. Resteraient les séries produites de 1987 à 2005, mais qui là encore, ont quelque peu vieilli, au niveau rythme et narration.
En réalité, donc, il n’y a pas de manière idéale d’entrer dans ce vaste et complexe univers. Il faut tenter une production, voire plusieurs, et voir si la sauce prend, si la curiosité est là, d’en découvrir plus, de comprendre pourquoi cet épisode n’est pas introduit mais semble avoir un lien avec d’autres, si on a envie d’en savoir plus sur ces féroces Klingons, ou ces Romuliens bien xénophobes. Piocher, picorer, être curieux, oser bravement découvrir cet univers inconnu, peut être un bon moyen de le découvrir, en plus d’être conforme à l’idée sous-jacente de la série originale.

STAR TREK – un tour d’horizon des séries produites par Gene Roddenberry
Pour aider les téléspectateurs novices à se repérer dans toutes les productions "Star Trek", mais aussi pour offrir un récapitulatif des différentes productions télévisuelles aux plus anciens, nous nous proposons ici de revenir rapidement sur les deux grandes séries produites par Gene Roddenberry, en laissant pour l’instant de côté les films explorant eux aussi cet univers.
STAR TREK : la série originale (septembre 1966 – mai 1969)
La première série inventa la plupart des éléments liés à cet univers, les premières races extra-terrestres croisées par l’équipage de l’Enterprise. Elle est portée par un trio de remarquables personnages, incarnés par de talentueux interprètes : William Shatner est, de façon quelque peu exubérante dans son jeu, le Capitaine James T. Kirk, audacieux et parfois retors. Mentir et manipuler permettent finalement de gagner. Leonard Nimoy, de façon flegmatique, est le Vulcain Spock, commandant en second, qui n’affiche jamais ses émotions, se laissant porter par la logique pure, seule garante des décisions pertinentes à prendre, dans la culture de son peuple. Le Docteur Leonard McCoy, incarné par DeForrest Kelley, passera son temps à le lui reprocher, avoir du cœur étant quelque chose d’essentiel pour ne pas être de simples machines.
Autour d’eux graviteront d’autres personnages récurrents, comme l’officier de communications Uhura ou l’ingénieur en chef Scotty, que l’on apprend à découvrir et apprécier également. Un équipage qui sera confronté à des ordinateurs pensants, à des dieux ou entités assimilées aux vastes pouvoirs, ou encore à d’autres races plus ou moins belliqueuses, comme les Klingons, rustres et brutaux, mais aussi les Romuliens, particulièrement hostiles à l’égard des étrangers.

STAR TREK : La Nouvelle Génération (septembre 1987 – mai 1994)
La série originale s’est achevée en mai 1969, avec des audiences en baisse. Mais les rediffusions feront que de plus en plus de téléspectateurs la découvriront. Progressivement, la série gagne des fans, au point que différents projets afin de la faire revenir sont alors imaginés. Il y a tout d’abord des films qui arrivent sur les écrans de cinéma dès 1979. Puis une nouvelle série est envisagée, tout d’abord intitulée "Star Trek : Phase 2". Le projet est donc retravaillé pour laisser la place à une nouvelle déclinaison intitulée "Star Trek : La Nouvelle Génération", qui mettra en scène un équipage tout à fait inédit, celui de l’Enterprise-D, dirigé par le Capitaine Jean-Luc Picard.
"Star Trek : La Nouvelle Génération" va connaître l’une des plus longues existences à l’écran, soit sept longues années en syndication. C’est l’une de celles qui évolue le plus, entre ses premiers épisodes et les derniers, et qui montre comment étoffer l’univers Star Trek encore davantage. Cette nouvelle mouture va connaître une évolution majeure. En effet, le début de la série souffre à la production de la présence envahissante d’un Gene Roddenberry, trop attaché à son idée de ce que doit être une série "Star Trek". Avec un équipage qui s’entend à la perfection, sans conflits à bord, ce qui limite les possibilités narratives. Lorsqu’il disparaît, le mythe s’émancipe de son créateur : les épisodes sont parfois centrés sur des intrigues dans lesquelles deux personnages sont mis en avant, afin que l’on s’attache davantage à eux.
