Par Christophe Orzechowski
"S.O.S. Hélico", titre français de "Chopper One", est une série policière américaine diffusée en 1974 sur ABC. Produite notamment par Spelling-Goldberg Productions, elle suit deux policiers californiens combattant le crime depuis les airs à bord d’un hélicoptère Bell 206 Jet Ranger. Cette courte série de 13 épisodes demeure surtout aujourd’hui une curiosité pour les amateurs de télévision des années 1970 : Dirk Benedict, futur Starbuck de "Battlestar Galactica" et Futé de "L’Agence tous risques", y tient l’un de ses premiers rôles réguliers. Retour sur une série oubliée, symptomatique de la télévision américaine de son époque.

S.O.S. Hélico : deux policiers et un hélicoptère
"S.O.S. Hélico" offre à suivre les enquêtes et poursuites de deux policiers de la West California Police Department, un département fictif de la police de Californie. Don Burdick (interprété par Jim McMullan) et Gil Foley (incarné par Dirk Benedict) combattent le crime depuis les airs, à bord d’un hélicoptère Bell 206 Jet Ranger, dont l’indicatif est « Chopper One » – d’où le nom de la série, en version originale.
Ils sont secondés par leur chef, le Capitaine McKeegan (Ted Hartley), et le mécanicien Mitch (Lou Frizzell). Que ce soit pour sauver des vies en danger, mettre un terme à des enlèvements ou empêcher des criminels d’agir, les hommes de la W.C.P.D. interviennent.

S.O.S. Hélico, une série policière très conventionnelle
Les intrigues des différents épisodes tournent en général autour de poursuites aériennes, de prises d’otages, de tireurs isolés, autant de missions que les policiers Burdick et Foley se doivent de mener à terme. Avec, il faut bien le reconnaître, l’hélicoptère comme véritable vedette de la série. Tout comme le seront également les séries "Tonnerre de Feu" et "Supercopter", même si ces dernières sauront mettre en scène des personnages relativement attachants.
Les situations dépeintes dans les épisodes se révèlent malheureusement d’une banalité assez affligeante, aux enjeux très faibles. Aucune place n’est véritablement donnée au développement de la psychologie des personnages, que ce soit celle des criminels ou des héros. Comme bon nombre de séries dramatiques policières, "S.O.S. Hélico" se révèle en outre terriblement manichéenne, avec les policiers qui, comme les inspecteurs Starsky & Hutch par exemple, gagnent toujours à la fin. Le but est véritablement d’offrir un divertissement léger, sans aucune prétention, au dénouement heureux.
"S.O.S. Hélico" s’inscrit finalement dans une vague de séries policières des années 1970s, qui inclurait "Adam-12", "The Rookies" ou encore "Section 4", dans lesquelles on peut retrouver les mêmes éléments formels : une formule très codifiée pour chacune, chaque épisode étant souvent construit autour d’une enquête, de quelques poursuites, et de sa résolution, et des personnages stéréotypés. Des séries qui offrent au final une vision plutôt rassurante de la police et de la justice, toujours du côté du Bien, et qui offrent peu de place à toute ambiguïté.

Un format de 25 minutes qui condamne S.O.S. Hélico
"S.O.S. Hélico" aura malheureusement souffert, au moment de sa diffusion originale, de son format un peu particulier, pour une série de ce genre, et de son moment de diffusion. Un format qui explique en partie les éléments reprochables à la série, évoqués précédemment.
La série fut en effet diffusée dans un bloc d’une heure, avec une autre série dramatique un tant soit-peu spectaculaire, à savoir "Firehouse", centrée, elle, sur les missions de sauvetages de pompiers. Les deux séries ont été lancées le même jour, le 17 janvier 1974, sur ABC, constituant des séries de remplacement de mi-saison. Elles étaient toutes deux constituées d’épisodes de 25 minutes environ.
"S.O.S. Hélico" passait le jeudi à 20h, et "Firehouse" enchaînait directement derrière, à 20h30. Une diffusion qui avait sa cohérence, étant pensée pour offrir aux téléspectateurs de l’époque une heure de divertissement autour des exploits héroïques de services d’urgences : des policiers à bord d’un hélicoptère, puis des pompiers. Il s’agissait, à l’époque, pour ABC, de proposer une contre-programmation, dans l’espoir de contrer "The Waltons - La Famille des Collines", sur CBS, qui écrasait tout à cette heure-là, et "The Flip Wilson Show" sur NBC. "S.O.S. Hélico" et "Firehouse" prirent ainsi le relais de "Toma", série policière aux épisodes d’une heure avec Tony Musante, inspirée d’un vrai flic de Newark qui se déguisait beaucoup. Il faut signaler que le personnage décrit ci-avant reviendra quelques temps plus tard, en 1975, sous les traits de Robert Blake dans la série "Baretta".

S.O.S. Hélico et Firehouse : les raisons d’un double échec
La série a été un échec d’audience somme toute assez rapide. En effet, elle fut rapidement annulée, après une seule saison, suivie de près par "Firehouse", qui a tout aussi vite disparu. La faute à la féroce concurrence de "The Waltons - La Famille des Collines", mais aussi à ses défauts formels déjà en partie évoqués : des intrigues trop classiques et ennuyeuses, un jeu parfois assez plat de la part de ses comédiens, et donc un spectacle… routinier. Même à l’époque, où les séries policières pullulaient, "S.O.S. Hélico" était alors perçue comme peu marquante, et de basse qualité.
Le format choisi pour la série, avec des épisodes d’une demi-heure, était donc trop court pour développer quoi que ce soit de sérieux ou d’ambitieux. L’un des rares arguments en faveur de la série, la présence de l’hélicoptère, était bien trop faible, en plus de coûter relativement cher : chacune de ses interventions demandait en réalité deux hélicoptères – l’un pour filmer l’autre – et donc des pilotes, soit de nombreux frais de tournages aériens. Pour une production assez standard.
"Firehouse" souffrira un peu du même problème : chaque épisode était souvent découpé en deux petites histoires, un incendie et un sauvetage, sans vraiment se donner le temps d’approfondir les personnages ou les intrigues, superficielles au possible. C’était clairement le type même de la série dramatique sur des sauveteurs facile et avec très peu d’âme et de personnalité, dans l’air du temps après le succès de "Emergency !", mais sans la même ambition ni le même soin.
Ces deux séries sont surtout le témoignage de tentatives de mi-saison, un peu bâclées, des networks à l’époque : il fallait bien remplir l’heure de télévision, avec des demi-heures d’action par exemple, dans un combat perdu d’avance face aux Waltons. Au mieux, le public accroche, mais si ça ne «prend» pas, on annulera, a dû-t-on se dire chez ABC. La faiblesse de l’ensemble s’expliquant en grande partie ainsi.

The Waltons - La Famille des Collines, un concurrent impossible à battre
"S.O.S. Hélico" et "Firehouse" entrèrent ainsi en confrontation directe avec "The Waltons", un vrai monstre d’audience. Il s’agissait d’une série familiale dramatique en 9 saisons et 221 épisodes, diffusée sur CBS de 1972 à 1981. "The Waltons - La Famille des Collines" était un programme au ton très chaleureux, et plein de bons sentiments. Une série américaine fortement centrée sur des valeurs familiales fortes comme le travail, la solidarité, la foi, et mettant en scène les petites victoires du quotidien face à la pauvreté.
Si nous prenons le soin de la présenter rapidement ici, c’est pour montrer à quel point elle constituait, en terme d’écriture et de contenu, le contraire absolu de "SOS Hélico" et de "Firehouse" : pas d’action spectaculaire ici, ni de poursuites. Avec "The Waltons", il s’agissait juste de présenter le quotidien d’une famille, ses petits drames et ses problèmes, dans une série nourrie d’un optimisme mesuré, et réconfortant.
"The Waltons - La Famille des Collines" cartonna à l’époque, en terme d’audiences, car elle offrait exactement ce que beaucoup de téléspectateurs américains recherchaient alors : un refuge rassurant, dans un climat social un peu agité. La série répondait, bien plus que le bloc «action» alors proposé par ABC aux attentes du public de l’époque. Signalons au sujet de cette série que sa découverte en France fut tardive puisque pas avant 1991 sur La Cinq.

Spelling et Goldberg : une télévision pensée pour le grand public
Pour expliquer pourquoi des produits télévisuels tels que "S.O.S. Hélico" et "Firehouse" furent produits et diffusés, malgré leur relative médiocrité, il convient de s’attarder quelques instant sur leurs producteurs. Toutes deux produites (ou co-produites) par Aaron Spelling et Leonard Goldberg, les deux séries portent indéniablement la marque du duo, de leur manière de travailler dans l’industrie.
Les séries qu’ils produisaient étaient en effet, il faut bien l’admettre, scénaristiquement assez minces, et parfois franchement paresseuses. Mais elles avaient souvent à offrir un ensemble d’éléments extrêmement efficace : un concept clair et immédiatement compréhensible pour le public, des personnages sympathiques ou charismatiques, un ton accessible, et une promesse de divertissement sans le moindre effort intellectuel à offrir. Que ce soit "Starsky & Hutch", "Drôles de Dames", "L’Île Fantastique" ou "La Croisière s’amuse", ce n’était certes pas du «grand art», mais ces séries fonctionnaient très bien dans le paysage télévisuel américain de l’époque.
Car à l’époque, que ce soit du côté des chaînes, des annonceurs, ou du public, la simplicité n’était pas un défaut, c’était au contraire une force commerciale. Les réseaux et une large partie du public cherchaient justement cela : quelque chose de familier, de rassurant, de plaisant à regarder après le dîner, afin de se vider la tête. C’est ce qui marque la seconde moitié des années 1970, qui fut un âge d’or des formula-shows, ces séries télévisées proposant plus ou moins le même contenu d’un épisode à l’autre. Des séries avec un gimmick visuel fort (l’hélicoptère, les pompiers, les trois détectives glamours, l’île magique, le bateau de croisière…) envahissent le petit écran ; on mise sur le casting soigneusement choisi et le ton, et on délaisse les intrigues, purement secondaires dans le processus créatif.

Spelling-Goldberg et la télévision américaine des années 1970
Pour en revenir au célèbre duo, Spelling et Goldberg visaient d’abord et avant tout l’efficacité : il s’agissait de trouver un pitch simple, vendeur immédiatement, avec un gimmick clairement identifiable et retenant l’attention. De le formater ensuite pour le grand public, et de le livrer rapidement, clé-en-main, aux chaînes de télévision. Quand cela fonctionnait, comme pour "The Rookies", "Starsky & Hutch", "Drôles de Dames", ou "Dynastie", ça marchait très fort, en terme d’audiences. Et quand malheureusement, ça ne prenait pas, comme pour "S.O.S. Hélico" et "Firehouse", ça disparaissait prestement de l’antenne.
Beaucoup de séries diffusées à l’époque, que ce soit celles produites par Spelling et Goldberg ou par d’autres producteurs, étaient ainsi conçues comme des produits de consommation, parfois «jetables», plutôt que comme des œuvres ambitieuses. Ça ne veut pas dire que tout était forcément de basse qualité, ou caricatural, car il y avait indéniablement de vraies réussites dans leur catalogue. Mais le duo incarnait assez bien une certaine télévision américaine des années 1970 : très industrialisée, efficace, formatée, et parfois un peu paresseuse, même, dès que le concept de base n’était pas exceptionnel. Mais il s’agissait de produire, beaucoup, un gros volume d’heures de programmes diffusable facilement, et rapidement.

Dirk Benedict avant Battlestar Galactica et L’Agence tous risques
Bien évidemment, pour les sériephiles ayant grandi avec les séries "Galactica" et "L’Agence Tous Risques", "S.O.S. Hélico" constitue une petite curiosité en soi : retrouver un jeune Dirk Benedict, acteur très populaire auprès des fans de ces séries, et qui en était ici encore à ses débuts, avant de briller ensuite dans les rôles beaucoup plus marquants et impactants de Starbuck et du Futé Templeton Peck.
Fait amusant, on peut déjà repérer, un tic, qui caractérisera son jeu de façon durable par la suite, quel que soit le rôle : sa main droite, qui vient se poser sur le flanc ou la hanche, comme pour se donner une contenance. Un tic assez typique donc de ce comédien à l’époque, auquel il est difficile de ne pas prêter attention une fois qu’on l’a repéré.
Il semble ainsi que Dick Benedict cherchait clairement, avec ce geste, à se donner une posture détendue, ainsi qu’une certaine assurance à l’écran. Une fois qu’on l’a vu, on le remarque dans presque tous les plans où il n’a rien à faire de ses mains. Ce qui donne hélas un air involontairement comique à la plupart de ses apparitions à l’écran – pour les téléspectateurs les plus attentifs et taquins.

S.O.S. Hélico en France : une double diffusion sur Antenne 2
Au cas où la question se poserait, oui, "S.O.S. Hélico" a bel et bien été diffusée en France. Sa première diffusion française date du 21 février 1979 sur Antenne 2, puis la série fut rediffusée à partir du 9 juillet 1982, toujours sur Antenne 2. Mais tout comme aux États-Unis, elle n’a pas laissé un grand souvenir, et a effectivement sombré dans l’oubli, comme beaucoup de séries américaines importées de cette période, qui n’avaient pas le prestige d’un "Columbo" ou d’un "Starsky & Hutch". Et la chance de connaître tout comme elles de multiples rediffusions tout comme elles.
La série connut, en Zone 1, une sortie en coffret DVD en 2016. Même aux États-Unis, elle reste assez confidentielle, mais les plus curieux peuvent toutefois trouver quelques épisodes de la série sur Youtube, en version originale uniquement.

Conclusion : S.O.S. Hélico, témoin oublié de la télévision américaine des années 1970
Avec seulement 13 épisodes diffusés en 1974, "S.O.S. Hélico" ("Chopper One") n’aura été qu’une brève parenthèse dans l’histoire des séries policières américaines. Son format trop court, ses intrigues conventionnelles et la redoutable concurrence de "The Waltons" expliquent en partie sa disparition rapide. La série reste pourtant révélatrice d’une époque où les networks multipliaient les concepts immédiatement identifiables pour séduire le grand public. Pour les sériephiles français, elle possède enfin un double intérêt : le souvenir de sa diffusion sur Antenne 2 et la présence d’un jeune Dirk Benedict, quelques années avant "Battlestar Galactica" et "L’Agence tous risques".

FICHE TECHNIQUE DE LA SERIE
Créée par : Ronald Austin, James David Buchanan
Producteurs exécutifs : Aaron Spelling, Leonard Goldberg
Productrice associée : Shelley Hull
Directeur de production : Norman Henry
Responsables de la production : Bert Gold, Al Kraus
Supervision de la post-production : Russel Wiles
Thème musical : Dominic Frontiere
Supervision musicale : Rocky Moriana
Directeur de la photographie : Tim Southcott
Photographie aérienne : Travers Hill
Montage : Leon Carrere, Jim Faris, Leonard Kwitt, James Baiotto
Responsable du casting : Bert Remsen
Supervision des scripts : Doris DeHerdt
Directeur artistique : Tracy Bousman
Décors : Bob Signorelli
Construction des décors : Gordon Kirschbaum
Maquillage : Howard Smit
Coiffures : Joyce Morrison
Costumes : Ray Phelps, Madeline Sylos
Assistants-réalisateurs : Wilbur D'Arcy, Robert Della Santina, Robert Shue, Phil Bondelli
Ingénieurs du son : John Oliver, Jim Ford
Effets spéciaux : Dutch Van Derbyl
Coordination des cascades : Ronnie Rondell Jr.
Cascadeurs : Bob Bralver, Buddy Joe Hooker, Charlie Picerni, Louie Elias, George Sawaya, Reid Rondell, Fred Hice, Roy Jenson, Jessie Vint, Duffy Hambleton
Coordination des séquences aériennes : Lupe Amaya
Cascades aériennes : James W. Gavin
Accessoires : Bob Henderson
Tournage : 20th Century Fox Studios
Production : Spelling-Goldeberg Production / Columbia Pictures Television (1974)
