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Fringe, la série : le X-Files des années 2000

Par Christophe Orzechowski

 

Diffusée entre 2008 et 2013, "Fringe" s'est imposée comme l'une des grandes séries fantastiques du XXIᵉ siècle. Créée par J. J. Abrams, Alex Kurtzman et Roberto Orci, elle mêle enquêtes paranormales, science-fiction, univers parallèles et complots gouvernementaux dans une intrigue ambitieuse portée par Anna Torv, Joshua Jackson et John Noble. Souvent comparée à "X-Files", "Fringe" développe pourtant une identité propre grâce à son approche scientifique, son écriture feuilletonnante et ses personnages particulièrement attachants. Retour sur une série devenue une référence incontournable du fantastique moderne.

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Crédit photo : Fox Television.

La Division Fringe : une équipe d'enquêteurs face à l'inexplicable

Tout commence par un accident d’avion. Un accident terrible dans lequel tous les passagers sont morts, le corps quasiment dissous. L’événement est si suspect et inquiétant que différents services sont sollicités pour enquêter de concert : la police, le FBI, la NSA. L’Agent Olivia Dunham pour servir d’agent de liaison. Son compagnon, l’Agent John Scott, est malheureusement infecté, et se retrouve dans un état critique. Olivia pense alors à contacter un éminent scientifique, spécialiste, entre autres, des infections bactériologiques : Walter Bishop. Mais l’homme, pourtant particulièrement brillant, est détenu dans un établissement psychiatrique, pour son propre bien, depuis dix- sept ans.

Olivia sollicite alors l’aide de son fils, Peter Bishop, qu’elle part chercher jusqu’en Irak, afin qu’il puisse l’aider à avoir accès à son père. Mais Peter est fâché après son père, avec lequel il n’a pas eu une enfance facile ni très tendre, ce dernier préférant se consacrer à corps perdu à la science, et à ses expériences. Il accepte toutefois d’aider Olivia, presque à contre-cœur. Il faut bien le reconnaître, quand Olivia – tout comme les téléspectateurs – découvre le vieux savant, il a tout du savant un peu fou, et quelque peu excentrique. Peter sera nécessaire pour veiller sur son père, resté brillant, mais dont le cerveau fonctionne imparfaitement : Walter est victime de pertes de mémoire, et adopte parfois un comportement des plus puérils.

La « Team Fringe », comme on pourrait l’appeler, ainsi constituée principalement de ces trois personnages, va ainsi être amenée à enquêter sur des cas tous plus étranges les uns que les autres, liés à des phénomènes extraordinaires, liés à la science : téléportation, télékinésie, cybernétique, développement de l’Intelligence Artificielle, seront quelques-uns des thèmes de Science-Fiction présents dans la série, comme nous annonce le générique de début. L’un d’entre eux, en tout cas.

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Crédit photo : Fox Television.

Les personnages de Fringe : des héros aussi surprenants qu'attachants

L’interprétation absolument parfaite de l’acteur John Noble en fait toutefois un personnage touchant et attendrissant, plutôt qu’un personnage ridicule. Une exigence absolue pour un rôle délicat tant il peut être caricatural. Il convient de renouer avec la figure traditionnelle du savant fou, tout en le rendant attachant. Car Walter Bishop, sous son apparence de gentil vieillard, est un sacré personnage. On apprendra, à certains moments, qu’il n’a eu aucun problème de conscience à expérimenter sur des être vivants (des animaux la plupart du temps), ou à consommer du LSD, par exemple.

Notons, enfin, pour compléter la présentation des personnages principaux de la série, la présence, aux côtés de Walter Bishop, d’un autre chaperon : l’assistante Astrid Farnsworth (incarnée par Jasika Nichol). C’est grâce à elle que la série comportera quelques touches d’humour bienvenue, dans une série très sérieuse et quelque peu anxiogène. Walter, de façon désespérante, aura du mal à se souvenir de qui elle, ainsi que de son prénom, déformé de différentes manières. Astrid fera preuve d’un grand dévouement auprès de Walter, ne s’offusquant jamais des troubles de l’attendrissant vieil homme.

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Crédit photo : Fox Television.

Fringe : une mythologie complexe et addictive

Abrams l’a compris depuis "Alias" et "Lost", rien de tel qu’une mythologie d’envergure pour captiver une audience de nerds passionnés, capables de consacrer de longs moments de réflexion à une série. De quoi lui assurer des audiences solides et stables, puisque les mystères d’une mythologie complexe créent une fanbase – un groupe de fans dévoués à la série – solide.

Dans "Fringe", dès le début, les téléspectateurs sont confrontés à la mythologie de la série par petites touches : Walter Bishop évoque son ancien collègue et ami, William Bell, avec lequel ils menaient des expériences. L’Agent Phillip Broyle, le supérieur d’Olivia, évoque « le Pattern » : terme des plus énigmatiques, dont il donne immédiatement la signification : tous les phénomènes auxquels seront confrontés les membres de la « Team Fringe » sont en fait reliés les uns aux autres, produits d’expérimentations censées faire atteindre à l’humanité un autre stade d’évolution. De monstrueuses expérimentations, avec le monde comme « terrain de jeu » géant, ou plutôt laboratoire.

Dans la coulisse, une ou plusieurs personnes semblent vouloir modifier, avec ces bien sombres expériences, la destinée de l’humanité, et se prendre pour Dieu. Et les enquêtes d’Olivia Dunham l’amènent souvent à entrer en contact avec Nina Sharp, la PDG et le visage de l’entreprise Massive Dynamics, multi-milliardaire, qui s’est positionnée sur les nouvelles technologies et les recherches de pointe, mais aussi les recherches pharmaceutiques, et créée par William Bell justement.

Sans compter que régulièrement, au détour d’une scène, on finit par remarquer la présence d’une figure anonyme, un curieux personnage chauve, qui semble observer les événements sur lesquels la « Team Fringe » enquête. Et répertorier ces événements, dans un petit carnet. Son apparence des plus anonymes, son visage toujours impassible et sans émotion, interrogent, puis inquiètent.

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Crédit photo : Fox Television.

Les origines de Fringe : aux frontières du réel et de la science-fiction

Aux sources de la série "Fringe", il convient de série la forte influence d’une série devenue véritablement culte, au vu de son influence sur l’histoire des séries télévisées, de sa place indéniable dans celle-ci, et dans la pop-culture, même : "X-Files". Les producteurs de "Fringe" s’en cacheront à peine tant leur série est fortement influencée, à ses débuts, par la série emblématique des années 90 créée par Chris Carter.

Le 1er épisode de "Fringe" lui adressera donc un clin-d’œil appuyé en diffusant sur l’écran télévisé d’un personnage un court extrait de la série. Dans "X-Files", c’était le personnage masculin, Fox Mulder, le croyant, et sa partenaire, Dana Scully, la sceptique. Dans "Fringe", le schéma s’inverse : Olivia semble, dans l’épisode-pilote, toute prête à croire en la Fringe science. Peter, lui, se montre particulièrement peu enclin à croire en les phénomènes sortant du cadre de la rationalité pure. D’un duo, on passe à un trio si l’on considère Walter comme le troisième membre de l’équipe d’enquêteurs du paranormal, et les phénomènes anormaux sur lesquels Olivia et Peter enquêtent auraient très bien pu intéresser Mulder et Scully.

Le superviseur des enquêtes du célèbre duo d’"X-Files" était un directeur-adjoint quelque peu froid et autoritaire, le Directeur-adjoint Skinner. Olivia sera, elle, supervisée par un personnage tout aussi froid, et à l’attitude sévère, l’Agent Phillip Broyles, incarné avec autorité par Lance Reddick (acteur également vu dans "Lost", et aujourd’hui malheureusement disparu).

Toutefois, si l’influence de l’une fut indéniable sur l’autre, reconnue par les producteurs eux-mêmes, il serait abusif de ne voir en "Fringe" qu’une version remaniée d’"X-Files". Les deux séries vont avoir leur propres qualités respectives, et développer une mythologie bien différente l’une et l’autre. "Fringe" va notamment, de ce point de vue par exemple, développer une très solide mythologie planifiée dès le début (impliquant une fascinante histoire de mondes parallèles et de voyage dans le temps), ce qui n’était pas forcément le cas de la création de Chris Carter.

La série va également avoir l’intelligence de lier les différents cas extraordinaire découverts à chaque épisode, donnant l’image d’une grande toile de fond à découvrir. "Fringe" et "X-Files" partent peut-être de la même idée, de la même base, mais vont chacune évoluer différemment, pouvant être tout autant appréciées l’une que l’autre.

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Crédit photo : Fox Television.

Fringe, une série horrifique qui repousse les limites

Ce qui frappera le téléspectateur occasionnel de la série, c’est le côté très « body horror » de la série, cette sous- catégorie du genre horrifique, qui met en scène des corps qui se déforment, des organes qui mutent, des virus qui rongent de l’intérieur, gens transformés en bombes humaines, etc. que prennent parfois certaines séquences. "Fringe" frappe souvent fort, dans les cas extraordinaires présentés dans la série. La série atteint les limites – voire les repousse – de ce que l’on peut montrer dans une série diffusée à 21h ou un peu plus tard, que ce soit aux États- Unis ou en France.

"Fringe", mine de rien, choque, provoque, interpelle. Son visionnage demande d’avoir l’estomac bien accroché, tant certaines séquences poussent les téléspectateurs dans ses retranchements. Bien plus que "X-Files", qui avait eu maille à partir avec le comité de censure de la FOX à l’époque. Ainsi, l’épisode-pilote commence déjà brutalement avec la scène du visage d’un passager d’un avion qui fond, et l’Agent John Scott qui se retrouvera infecté, et dont la peau devient transparente. L’épisode 02 de la saison 1, « Vieillir avant l’heure », est particulièrement marquant avec le fait de mettre en scène une femme enceinte, qui doit brutalement accoucher, et la grossesse ultra-rapide de son bébé qui vieillit en quelques heures, jusqu’à mourir de vieillesse.

Fringe : un succès critique malgré des audiences décevantes

"Fringe" aura suivi, au cours de sa diffusion, un peu la même évolution que la série "Person Of Interest", lancée un peu plus tard : une saison 1 multipliant les histoires relativement indépendantes, puis une série devenant de plus en plus complexe et difficile à prendre en cours de route, et un risque d’annulation certain, à l’issue de la saison 4.

Côté audiences, "Fringe" aura très bien démarré, avec de très bonnes audiences en saison 1, environ 10 millions de téléspectateurs en moyenne. puis un effondrement s’amorce à partir de la saison 2, qui ne réunit plus que 6 millions de téléspectateurs en moyenne, pour se poursuivre progressivement. A partir de la saison 4, "Fringe" faisait partie des séries les plus faiblement regardées en direct sur les networks américains (souvent autour de 3 à 4 millions de téléspectateurs en live).

Cependant, la série a survécu plus longtemps que ne le justifiaient ses chiffres grâce à plusieurs éléments : une base de fans très passionnée, que la série a très vite su conquérir. Le soutien de J.J. Abrams et du studio qui produisait la série. Des négociations durant lesquelles le studio a accepté de baisser considérablement ses tarifs de licence pour les saisons 4 et 5, permettant à FOX de continuer à moindre coût.

En plus du fait que la série bénéficiait d’excellents retours critiques, dus à l’intelligence de ses scénarios, et à la complexité fascinante de son univers, la chaine FOX acceptera, afin que la série puisse atteindre la centaine d’épisodes, la rendant ainsi proposable à la syndication, une saison 5, constituée d’un nombre réduit d’épisodes – 13 seulement – et un budget moindre. Pour les scénaristes, il est alors temps de conclure l’histoire de la série, en lui proposant une fin qui résout plusieurs arcs narratifs.

La réception de la série Fringe en France

En France, les droits de la série "Fringe" seront achetés par TF1, qui la proposera en première, puis seconde partie de soirée. La saison 1 a été, à l’époque, en terme d’audiences, un vrai succès pour TF1. Elle a souvent été leader de sa case horaire, avec de très bonnes performances sur certaines cibles privilégiées par les annonceurs.

Même avec l’érosion progressive des audiences, inévitable au fil des saisons, celles-ci restaient honorables pour une série exigeante et complexe diffusée tard le soir. TF1 continuait à la programmer régulièrement et la mettait souvent en avant, et aura été jusqu’au bout de sa diffusion. Et en France, comme aux États-Unis, la série a su fidéliser un noyau de fans français très attachés à la mythologie.

Conclusion

Plus de dix ans après son dernier épisode, "Fringe" continue d'être considérée comme l'une des meilleures séries fantastiques américaines du XXIᵉ siècle. Grâce à son équilibre entre enquêtes surnaturelles, science-fiction, émotion et réflexion sur les univers parallèles, elle a su dépasser la simple filiation avec "X-Files" pour construire son propre univers. Portée par un trio d'acteurs remarquables et une écriture particulièrement ambitieuse, la série conserve aujourd'hui encore une place de choix auprès des amateurs de fantastique et demeure une œuvre incontournable de la télévision américaine.


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