Par Christophe Willaert et Christophe Dordain
Avec la décennie 70, les séries télévisées de notre enfance vont alors atteindre une profusion remarquable doublée d'une popularité éclatante. Les mercredis et les samedis après-midi de millions de jeunes vont désormais être éclairés par des concepts novateurs. Ces derniers occupant l'antenne pendant plusieurs heures. Ils alternant alors séries, documentaires, variétés, souci de pédagogie, etc. On pourra notamment penser aux "Visiteurs du Mercredi". Mais aussi à "La Une est à Vous" qui deviendra ensuite "Samedi est à Vous". Cependant, nous ne limiterons pas notre panorama à ces deux cas particuliers. Voici donc un bref historique du genre consacré cette fois aux années 70. Une période charnière qui verra par ailleurs l'éclatement de l'ORTF en 3 chaînes de télévision dès 1975.
UNE PRODUCTION TELEVISUELLE EN CROISSANCE
Même s'il n'a pas fallut attendre les années 70 pour découvrir des pays exotiques, les séries étrangères, venues de tous les horizons, sont plus présentes durant cette nouvelle décennie grâce aux budgets plus importants alloués à la télévision. A ce sujet, signalons que, déjà, lors de la précédente décennie, des productions entre autres allemandes avaient été diffusées sur les chaînes françaises. Par exemple, on pourra citer "Commando Spatial" (programmée du 13 mars au 8 mai 1967 sur la 1ère chaîne de l'ORTF). Toutefois, il est vrai que cette dernière s'adressait à un public plus adulte ou perçu comme tel à l'époque.
L'ORTF coproduit ainsi un grand nombre de feuilletons notamment avec la ZDF allemande, mais aussi avec les pays francophones. Le nombre de chaînes passant à trois dès le début de l'année 1973, ces dernières sont plus amenées à se fournir à l'étranger. Comme le rappelait un journaliste du Monde dans un article publié le 24 août 1970 : "Le développement futur de la télévision ne peut se faire, en France, sans une contribution massive du cinéma ou, à défaut, d'une industrie similaire. Les prévisions de l'O.R.T.F. pour le VIème Plan font passer la durée hebdomadaire des émissions de cent heures en 1970 à cent soixante heures en 1975. Ce chiffre ne saurait être atteint sans un apport extérieur égal, comme aujourd'hui, à environ un tiers des productions propres de l'Office. Celui-ci aura donc sans doute besoin, dans cinq ans, d'au moins une quarantaine d'heures par semaine de films ou de téléfilms produits en dehors de lui."
Dans ce cadre, d'un besoin constant de nouveaux programmes, un exemple marquant parmi tant d'autres pour le jeune public est celui d'"Arpad le Tzigane" avec Robert Etcheverry (diffusé du 25 avril au 6 octobre 1973 sur la 1ère chaîne de l'ORTF). Ainsi, la liste est-elle longue des autres séries produites pendant la décennie 70 qui auront eu recours aux financements extérieurs : "Arsène Lupin" et "Les Brigades du Tigre" en sont deux exemples révélateurs.

L'AVENTURE EST MULTIPLE
C'est aussi l'époque où les grands auteurs d'aventures sont portés à l'écran. On citera, pour débuter, Robert Louis Stevenson avec la série "La flèche noire" avec Simon Cuff; "L'île au trésor" (avec Ivor Dean et Jacques Monod, qui fut produite en 1967, mais que le public français redécouvrira au hasard d'une programmation dans l'émission "Samedi est à Vous"); "Les aventures de David Balfour" (avec David McCallum, une co-production entre TF1, TV Munich et la BBC, réalisée par Jean-Pierre Decourt).
On pensera ensuite à Jules Verne avec "L'île mystérieuse" (qui sera un des premiers grands succès lors du lancement de l'émission "Les Visiteurs du Mercredi" en janvier 1975); "Deux ans de vacances" (réalisée en 1974 par Gilles Grangier avec Marc di Napoli), "Michel Strogoff"; "Le tour du monde en 80 jours" (par deux fois, sous forme de téléfilms); "Mathias Sandorf" (créée par Claude Desailly en 1976). Il faut alors souligner le fait que le thème de l'île est alors très prisé. En effet, c'est l'occasion de raconter moult aventures, d'explorer l'inconnu et d'aller à la recherche de fabuleux trésors.
A côté de ces Robinson du dimanche, on pouvait suivre les aventures des trappeurs dans l'Ouest américain. On pensera à "Davy Crockett" et à "Daniel Boone" (tous deux interprétés par Fess Parker, sur dix ans d'intervalles). Puis, plus tard, Pasquinel (interprété par Robert Conrad), dans "Colorado" (1978). Sans oublier enfin Kit dans la série "Matt et Jenny" (une production canadienne datant de 1979).

EN BANDE, C'EST MIEUX
Si jusqu'à présent, les fictions proposées étaient plutôt centrées sur un ou deux personnages, les nouvelles productions mettent en avant des bandes de gosses, car rien de tel pour passer du bon temps qu'être entre amis à courir à l'aventure ou à résoudre des énigmes. Ainsi, nous avons pu voir défiler "Les Galapiats", "L'autobus à impériale", "Le club des cinq", etc.
A ce titre, c'est peut-être "L'autobus à impériale" (produite par David Gerber en 1970) qui est la série la plus emblématique de cette époque où l'enfance était à la fois célébrée, mais aussi d'une certaine façon respectée. Pour preuve, le statut qu'a acquis ce programme en France depuis sa première diffusion en 1972. Sans oublier, sa présence dans le panel des séries proposées par "Les Visiteurs du Mercredi" en 1976.

L'IMAGINAIRE AU PETIT ECRAN
Même si en France, le fantastique n'est pas un genre majeur, il n'en demeure pas moins que la télévision française aura su développer un grand nombre d'œuvres touchant à l'imaginaire. Un des précurseurs fut Michel Subiela avec la série anthologique "Le tribunal de l'impossible" (diffusée entre 1967 et 1974 sur la 1ère chaîne de l'ORTF). A ce sujet, dans les années 70, l'émission "La Une est à Vous" tentera de proposer un épisode au jeune public. C'était le 6 juillet 1974 avec l'épisode "Un esprit nommé Katie King", réalisé par Pierre Badel. Toutefois, ce fut un échec cinglant tant il est vrai que le caractère quelque peu obscur de cet épisode ne pouvait convenir à un jeune public.
Alors, ce jeune public des années 70, comment le sollicitait-on ? Dans un premier temps, principalement avec des téléfilms et des dramatiques. Dans un second temps, avec des séries et des feuilletons. Ce jeune public en question a donc pu découvrir de merveilleux contes de fées, d'auteurs comme Marcel Aymé (Les contes du chat perché, Les bottes de sept lieues), de Charles Perrault (L'adroite princesse, Le petit poucet, La belle au bois dormant), d'Andersen (Les contes d'Andersen) et de Lewis Carroll (Alice au pays des merveilles).
A cela viennent s'ajouter les feuilletons fantastiques abordent des thèmes assez variés. On citera pêle-mêle "Pinocchio", de Luigi Comencini (exploité parallèlement au cinéma dans une version écourtée), "Les aventures imaginaires de Tom Sawyer" (très éloigné des récits de Mark Twain), "L'île mystérieuse" déjà cité précédemment ou encore "La maison de Personne" (une série britannique datant de 1976 et qui fut proposée en 1977 dans l'émission "FR3 Jeunesse").

AVEC LA COULEUR, C'EST PARFAIT !
Un élément capital sur lequel il est nécessaire de s'attarder pour le jeune public des années 70, en l'occurrence le passage du noir et blanc à la couleur ! Une véritable révolution ! La couleur s'était pourtant déjà invitée à la télévision française en 1967. Néanmoins, elle aura mis du temps à s’imposer. Ainsi, au début des années 70, la majorité des téléviseurs était-elle encore en noir et blanc. Il aura donc fallu attendre le milieu de la décennie pour que la couleur se démocratise réellement. La publicité pour la marque Brandt qui précède, illustre ce qu'aura vécu toute une génération : la découverte des aventures de leurs héros préférés en couleur !
C’est donc ce qui a offert une nouvelle dimension aux programmes et notamment aux séries. Le bleu de la tenue de James West dans "Les Mystères de l'Ouest"; le vert de celui de Galen dans "La Planète des Singes"; le bleu des Corsairs dans "Les Têtes Brûlées"... Comment faire comprendre aux jeunes générations actuelles, notamment gavées de programmes en streaming et d'heures bêtement perdues sur Tik Tok, le choc magique que cela a pu représenter pour les gosses des années 70 ? Discours rétrograde de vieux schnock ? Possible, mais clairement assumé !

SUPER HEROS EN SERIE
Dans les années 70, l'époque est aux super-héros américains qui débarquent avec fracas en France. Dans un premier temps par le biais des publications gérées par Lug (une maison d'édition française spécialisée dans la bande dessinée, créée en 1950 à Lyon, et qui s'est chargée de populariser Les Quatre Fantastiques, Spider-Man et les X-Men entre autres) et Marvel qu'on ne présente plus.
Ensuite, c'est la télévision qui s'empare du phénomène. Ainsi, dès 1975, arrive "L'homme qui valait trois milliards" avec Lee Majors (ce sera sur Antenne, le samedi, en confrontation avec "Samedi est à Vous" dont nous reparlons ci-dessous). Ce dernier sera suivi par sa consœur "Super Jaimie" interprétée par Lindsay Wagner (également diffusée par Antenne 2 dès septembre 1976). Suivront alors "L'homme invisible" avec David McCallum, "Wonder Woman" avec Lynda Carter, "L'homme de l'Atlantide" avec Patrick Duffy et "L'incroyable Hulk" avec Bill Bixby. Sans oublier la science-fiction avec "L'âge de cristal", "Galactica", "Star Trek" et "Le voyage extraordinaire". Autant de programmes qui ont été largement abordés dans les colonnes du Magazine des Séries.

ELLE FUT LA MATRICE : LA UNE EST A VOUS
Pour conclure ce modeste panorama des séries de notre enfance dans les années 70, il était impossible de ne pas évoquer toute l'importance de "La Une est à Vous", devenue "Samedi est à Vous" en janvier 1975. La célèbre émission-culte imaginée par Guy Lux et co-présentée par Bernard Golay et Roger Lago.
Disons le tout net ! Cette émission fut la matrice incontestable de la culture des séries télévisées au cours de cette décennie 70 ! Sans elle, pas de Magazine des Séries ! Mais aussi, toujours sans elle, combien de séries, quelque soit leur origine première, n'auraient pas pu bénéficier d'une extraordinaire exposition auprès du grand public ? De surcroît, l'intérêt historique que l'on porte aux séries aujourd'hui aurait-il pu exister sans cette géniale émission ? Vous nous permettrez d'en douter...
Quelques exemples de ces séries télévisées qui ont fait la gloire des samedis après-midi sur la 1ère chaîne de l'ORTF, ensuite sur TF1 ? On rappellera aux bons souvenirs des jeunes des années 70 "Les Mystères de l'Ouest", "Cosmos 1999", "Amicalement Vôtre", "Mannix", "Sam Cade", "Arsène Lupin", "Les Nouvelles Aventures de Vidocq", "Hondo", "Au-delà du réel", "Le Sixième Sens", "Les Envahisseurs", "Chapeau Melon et Bottes de Cuir", etc. Doit-on poursuivre ?
De septembre 1973 à octobre 1976, à travers 155 émissions, c'est donc toute une génération de jeunes des années 70 qui a été biberonnée aux séries télévisées. Cela a forcément laissé quelques traces pour ne pas dire de solides héritages, n'est-ce pas ?


