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Drôles de dames : films, séries et adaptations de Charlie’s Angels

Par Christophe Orzechowski


En 2026, la série "Drôles de Dames" fête ses 50 ans. Un anniversaire célébré par toutes celles et ceux qui se souviennent avec nostalgie de la célèbre série lancée en 1976. Cet article aura donc pour but de proposer une rétrospective des nombreuses tentatives de ressusciter à l’écran cette série-culte. Des tentatives aux fortunes diverses, qui témoignent en tout cas de la pérennité de ce mythe télévisuel, résistant à l’épreuve du temps.

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Crédit photo : Columbia Pictures.

CHARLIE ET SES DROLES DE DAMES (2000) : UN RENOUVEAU POP ET SPECTACULAIRE

Réalisation : McG / Scénario : Ryan Rowe et Ed Solomon et John August.

Avec : Cameron Diaz (Natalie Cook), Drew Barrymore (Dylan Sanders), Lucy Liu (Alexandra ‘Alex’ Munday), Bill Murray (John Bosley), John Forsythe (Charles ‘Charlie’ Townsend), Sam Rockwell, Kelly Lynch (Vivian Wood), Crispin Glover (l’Effroyable Sac d’Os), Tim Curry (Roger Corwin), Matt LeBlanc (Jason Gibbons), Luke Wilson (Pete Komisky), Tom Green (Chad), LL Cool J (M. Jones).

Charlie a recruté de nouvelles Anges, Natalie, Alex et Dylan, toujours aussi sexys et efficaces. Et leur nouvelle mission est de retrouver Eric Knox, un brillant informaticien, qui a été enlevé. Eric a en effet conçu un logiciel révolutionnaire, capable de récolter dans n’importe quel ordinateur les données privées de ses utilisateurs. Vivian Wood, la présidente de Knox Technologies, engage l’agence de Charlie. Natalie, Dylan et Alex soupçonnent dans un premier temps Roger Corwin, le principal rival de Knox, et également le propriétaire du plus grand réseau de télécommunications par satellite du monde. Les Anges commencent par infiltrer le cercle de ses proches, usant de leurs charmes et de leur intelligence.

La comédie et le second degré : les atouts majeurs

Le film de 2000 aura eu le mérite de remettre la série sur le devant de la scène. La réalisation de McG – venu tout droit du monde du clip musical – est particulièrement dynamique et alerte, tout comme les séquences d’action, bien plus inspirées et époustouflantes que dans la série TV d’origine. Certaines plaisanteries, pas très fines, posent la question du ton choisi pour ce film. Certaines séquences semblent vouloir se montrer respectueuses du matériau original, quand d’autres font penser que l’on regarde en réalité une parodie de celui-ci.

L’angle choisi, comme cela sera souvent le cas avec les films tirés de séries-cultes (comme "Starsky et Hutch" ou "21, Jump Street"), est celui de la pure comédie. Cet aspect très « comédie » choisi par la production permet de désamorcer tous les reproches que l’on peut faire au mythe "Drôles De Dames". Les actrices sont, à certains moments, particulièrement sexualisées, comme en témoigne les scènes où les Anges sont déguisées en chanteuses bavaroises, ou celle dans laquelle Lucy Liu marche en tenue de cuir, avec une attitude de dominatrice, au milieu d’étudiants aux regards libidineux, sur la musique « Barracuda ». Si certain(e)s trouvaient que la série originale, à certains moments, jouait de la plastique de ses actrices principales, le film de McG pousse encore le curseur.

Un enthousiasme communicatif

Mais comme cet aspect est traité de façon bien trop exagérée pour être pris au sérieux, il conviendra de ne pas s’en émouvoir. Le mauvais goût de certaines séquences, et de plaisanteries un peu douteuses, est parfaitement assumé. Si plusieurs clins-d’œil s’adressent aux fans de la série originale – John Forsythe reprend son rôle vocal de Charlie, par exemple – le ton débridé et clipesque de la production ouvre le mythe "Drôles de Dames" à un nouveau public.

Côté actrices, Cameron Diaz, Drew Berrymore et Lucy Liu, accompagnées d’un Bill Murray se prêtant de bonne grâce à l’exercice, semblent s’y amuser comme des petites folles, dansent et se battent façon « films de Hong-Kong » à l’aide de câbles, dans une production dans l’ère du temps des années 2000, laissant la part belle à des séquences d’action punchys et explosives, accompagnées par de nombreux hits hip-hop illustratifs.

Un film délirant

Le sérieux est totalement absent d’une production enjouée, dynamique et décomplexée, afin de conquérir un nouveau public. Ici, on exagère les codes du mythe (les Anges sexy et badass, le Bosley comique, le patron invisible) pour mieux les célébrer, sans jamais tomber dans la parodie méchante, qui desservirait le spectacle proposé.

A noter : Une certaine séquence en début de film, à base de masques, semble tout droit issue de Mission /
impossible, comme si l’on se trompait le temps d’un instant de franchise à adapter.

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Crédit photo : Columbia Pictures.

CHARLIE’S ANGELS : LES ANGES SE DECHAINENT ! (2003) : SUITE ET SURENCHERE

Réalisation : McG / Scénario : John August et Cormac Wibberley et Marianne Wibberley.

Avec : Cameron Diaz (Natalie Cook), Drew Barrymore (Dylan Sanders), Lucy Liu (Alex Munday), Bernie Mac (Jimmy Bosley), Crispin Glover (le Sac d'Os), Justin Theroux (Seamus O'Grady), Tommy Flanagan (l’Ecuyer Irlandais), Rodrigo Santoro (Randy Emmers), Robert Patrick (Ray Carter), Matt LeBlanc (Jason Gibbons), Demi Moore (Madison Lee), Shia LaBeouf (Max), Luke Wilson (Pete Komisky), John Cleese (M. Munday), Carrie Fisher (la Mère Supérieure), Robert Forster (Roger Wixon), Eric Bogosian (Alan Caulfield).

Le programme de protection des témoins est depuis quelque temps menacé. En effet, les témoins du programme en question sont éliminés les uns après les autres. Car des anneaux contenant la liste cryptée des personnes faisant partie du fameux programme ont été volés. Charlie se charge alors d’envoyer ses anges enquêter sur cette affaire, afin de récupérer les anneaux. Au cours de leur enquête, les trois Anges sexys croisent la route de Madison Lee, une ancienne Ange de Charlie…

Une suite dans la continuité du premier film

Cette suite survitaminée du premier film, toujours réalisée par McG, possède les mêmes qualités et défauts que son prédécesseur, en poussant davantage encore les curseurs. Les clins-d’œil et références abondent, glissant définitivement le mythe dans la parodie cette fois.

Le scénario est presque inexistant, servant de prétexte à la multiplication de scènes proches du gag. C’en est presque même trop, peut-être, le film étant mené tambour battant, sans réellement se poser quelques instants. On ressort de son visionnage épuisé mais ravi, devant une mise en scène toujours alerte, et un débordement d’énergie. Le titre de cette suite ne ment pas sur la marchandise, et le public en a pour son argent. Les fans de la version 2000 apprécieront donc d’autant plus cette suite dans la même lignée, qui possède au moins pour elle une idée jamais utilisée dans la franchise : une Ange ayant basculé dans du Côté Obscur.

A noter : Exit Bill Murray, au tempérament difficile, qui s’est fâché sur le premier tournage avec Lucy Liu, et surtout McG. Pour cette suite, un nouveau Bosley est introduit, en la personne du comédien Bernie Mac.

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Crédit photo : TRL.

WILDE ENGEL / ANGES DE CHOC (2003 – 2005) : LES ANGES VENUES D'OUTRE-RHIN

"Anges de Choc" est une série allemande en 2 saisons, et des TV-films spéciaux, diffusée de 2003 à 2005.

Avec : Susann Uplegger (Franziska Borgardt), Birgit Stauber (Christina 'Chris' Rabe), Eva Habermann (Lena Heitmann), Filip Peeters (Martin Grossmann).

Trois belles jeunes femmes ont eu des parcours de vie différents. Léna est devenue policière, Christina, mécanicienne automobile et Franziska, une très riche femme d’affaires. Toutes les trois, malgré leurs différences, sont devenues amies. Décidant de pimenter leur vie, les trois jeunes femmes acceptent la proposition d’un mystérieux client, Martin Grossman, et d’utiliser leurs compétences uniques pour combattre des tueurs à gages, des responsables de crimes environnementaux, et la corruption. Toutes les trois sont désormais les Wilde Engel, des Anges de Choc.

Les Anges à la sauce Allemande

Il s’agit d’une déclinaison étonnante venue d’Outre-Rhin, une sorte d’adaptation non-officielle du concept, très orientée action. Les Allemands, avec aussi les séries "Le Clown" ou "Alerte Cobra", semblent d’ailleurs s’être fait une spécialité de séries visuellement impressionnantes, en terme de cascades, sur le petit écran.

Au programme, fusillades, cascades et explosions dynamitent les aventures de héros ou d’héroïnes semblant tout droit issues de la télévision américaine des années 1980s. Le but ici est d’apporter une certaine énergie au concept "Drôles de Dames", "Wilde Engel" pouvant se traduire par « Anges Déchainés ». Ce qu’auront également compris les adaptateurs français, renommant la série "Anges de Choc".

Une certaine différence de ton

Les trois héroïnes travaillent ici pour une agence gouvernementale, et pas pour un riche patron invisible comme Charlie. Les intrigues se veulent plus « réalistes » et centrées sur l’Europe, avec un ton un peu plus cru et des cascades très physiques. Les Anges du programme, particulièrement athlétiques, sont incarnées par des actrices (Eva Habermann, Susann Uplegger et Birgit Stauber) qui assurent la plupart de leurs cascades elles-mêmes. Tout comme dans la série originale, celles-ci ont des personnalités bien distinctes.

La série connaîtra un relatif succès en Europe, et sera diffusée en France sur M6 – tout comme "Le Clown" d’ailleurs – et sa petite sœur W9. Mais elle n’aura pas la chance d’être éditée en DVD, que ce soit ici ou en Allemagne, rendant à l’heure actuelle son visionnage très difficile.

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Crédit photo : ABC Television.

CHARLIE’S ANGELS (2011) : Un échec saisissant

Il s’agit d’une série américaine en 1 saison de 8 épisodes, diffusée en 2011 sur ABC. Cette nouvelle version des "Drôles De Dames" fut notamment produite par le duo formé par Alfred Cough et Miles Millar, déjà à l’origine de la série "Smallville" pour Warner Television.

Avec : Annie Ngosi Ilonzeh (Kate Prince), Minka Kelly (Eve French), Rachael Taylor (Abby Sampson), Ramón Rodríguez (John Bosley).

Les raisons d’un prévisible échec

Le duo de Cough et Millar ne parvint pas cette fois à convaincre les téléspectateurs, la série étant rapidement annulée après 8 épisodes produits – dont sept seulement seront diffusés – malgré une première commande de 13 épisodes comme c’est habituellement la norme. L’épisode-pilote enregistra une audience convenable, de 8, 76 millions de téléspectateurs, avant de s’effondrer rapidement, obligeant ABC a cesser très rapidement les frais.

En cause, et malgré la présence de Drew Barrymore comme productrice exécutive, un ton trop sérieux et dramatique pour un mythe qui, depuis les films de McG, est probablement associé à une certaine légèreté. Le côté clinquant et tape-à-l’œil de la production ne parvient pas à dissimuler des intrigues au final très moyennes et peu intéressantes.

Les critiques de l’époque furent plutôt assassines envers un produit sans réelles surprises, assez insipide et peu convaincant, n’assumant pas ce qu’il aurait dû être : une version sexy, dynamique et légère, ne prenant pas le mythe adapté trop au sérieux.

Un feu de paille sans aucun éclat

Comme le montrera la bien plus réussie série "Spy Girls", pour que le concept fonctionne, il faut lui accorder un certain second degré. Ce que ce reboot ne faisait pas. De cette version des "Drôles de Dames", difficile de ne pas retenir l’idée d’un crash spectaculaire en terme de production, démontrant une fois de plus qu’exploiter un nom connu n’est pas forcément synonyme de succès.

A noter : le Bosley de la série est cette fois un beau jeune homme qui drague à tout-va, passant d’une conquête à l’autre dans l’épisode-pilote, sans toutefois chercher à séduire les Anges. Trahison, ou réinvention du personnage ? Chacun sera libre d’apprécier ou pas cette nouvelle proposition. La série s’évertue donc à développer le personnage, bien plus que dans la série originale.

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Crédit photo : Columbia Pictures.

CHARLIE’S ANGELS (2019) : version féministe et politique assumée

Réalisation : Elisabeth Banks / Scénario : David Auburn et Elizabeth Banks et Jay Basu.

Avec : Kristen Stewart (Sabina Wilson), Naomi Scott (Elena Houghlin), Ella Balinska (Jane Kano), Elizabeth Banks (Bosley), Patrick Stewart (Bosley), Jonathan Tucker (Hodak), Nat Faxon (Peter Fleming), Sam Claflin (Alexander  Brock), Djimon Hounsou (Bosley), Noah Centineo (Langston), Chris Pang (Jonny Smith).

En 2019, Les Anges de Charlie ont évolué. Si elles assurent toujours la sécurité des clients de l’Agence Townsend, grâce aux compétences uniques de ses membres, l’Agence s’est internationalisée. Désormais, c’est dans le monde entier que sont recrutées, et envoyées en mission les jeunes femmes les plus intelligentes, et les plus courageuses. Les Charlie’s Angels sont désormais de multiples équipes, chacune opérant sous la supervision de leur propre Bosley, toujours pour le compte du richissime Charles Townsend. Et pour le Bien commun.

Une proposition ouvertement féministe

Cette fois, c’est une femme, Elizabeth Banks, coscénariste et réalisatrice du film, qui se charge d’adapter le mythe sur grand écran. On s’éloigne ici radicalement du côté léger et outrancier de celle de McG, pour une production qui se veut un peu plus sérieuse, moins cartoon, même si les scènes d’action sont encore nombreuses.

Comme d’autres productions de l’époque post-#MeToo, cette version insiste lourdement sur certaines thématiques, certes liées aux "Drôles de Dames", mais ici surlignées à l’excès comme l’indépendance totale vis-à-vis des hommes, le « Girl Power » ou la notion de sororité (toutes unies contre les hommes, sauf ceux qui auraient renoncé à leur masculinité).

Cet aspect trop politique du projet, au moment de la sortie du film, joue contre lui, et le public n’adhère pas véritablement à un film trop sérieux pour ce qu’il pourrait être. Côté Box-office, à force de vouloir faire la morale à une partie potentielle de son audience, le film connaît un échec cuisant.

Un film tout de même divertissant

Mais si l’on excepte le propos politique auquel on adhèrera ou pas, cette version des "Drôles de Dames" constitue un très bon, et très efficace divertissement, très bien réalisé, avec de très bonnes séquences d’action. Le film parvient à étoffer le mythe avec des trouvailles bienvenues, qui le renforcent – rendant possibles autant de versions et de suites que l’on voudra – et à l’adapter à l’époque, ce qui est fort appréciable.

A noter : Bosley est ici incarné par Patrick Stewart. Un choix surprenant lié à la volonté, dans le film, d’unifier toutes les précédentes incarnations des "Drôles de Dames", qui se dérouleraient dans le même univers – quelques clins d’œil évoquent les films de McG. Bosley devient ici un nom de code, qui justifie le choix d’acteurs différents pour le rôle, selon les différentes interprétations du mythe.

EN CONCLUSION

Toutes ces adaptations, quoi que l’on en pense, de même d’ailleurs que la série originale lancée en 1976, prouvent en tout cas que souvent, ce n’est pas tant une série qui marque en réalité les esprits, mais ce qu’elle a pu représenter, en terme de proposition, et de marqueur d’une évolution grandissante des mentalités. Au point d’être plusieurs fois revisitée, de façon plus ou moins fidèle.

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Le trio en 1976 / Crédits photos : ABC Television - Sony Pictures France pour l'édition en DVD - Spelling/Goldberg Productions

FAQ - DROLES DE DAMES (CHARLIE'S ANGELS)

Quelles sont les adaptations de Drôles de dames ?
La franchise "Drôles de dames" comprend la série originale (1976-1981), deux films sortis en 2000 et 2003, un reboot télévisé en 2011 ainsi qu’un nouveau film en 2019.

Dans quel ordre regarder les versions de "Charlie’s Angels" ?
Pour une vision cohérente, il est conseillé de commencer par la série originale, puis d’enchaîner avec les films des années 2000, avant de découvrir les reboots plus récents.

Pourquoi "Drôles de dames" est-elle une série culte ?
"Drôles de dames" a marqué son époque grâce à son trio féminin inédit dans une série d’action, son esthétique emblématique et son succès international durable.

Le reboot de 2011 a-t-il fonctionné ?
Non, le reboot télévisé de 2011 a été rapidement annulé après une seule saison, faute d’audience suffisante et d’adhésion du public.

Le film "Charlie’s Angels" de 2019 est-il un remake ?
Le film de 2019 est plutôt une continuation modernisée de la franchise, intégrant une nouvelle génération d’Angels tout en conservant l’esprit original.

Existe-t-il des adaptations internationales ?
Oui, le concept de Drôles de dames a inspiré plusieurs adaptations étrangères, preuve de son rayonnement mondial.

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