Par Christophe Orzechowski
Les Drôles de Dames des années 2000
« Elles sont trois. Des criminelles endurcies, qui n’avaient qu’une chance de s’échapper, travaillent maintenant pour les fédéraux qui les ont mises derrière les barreaux. Ce sont les Spy Girls : Bad Girls Gone Good. »
PRESENTATION
"Spy Girls" est une série américaine d’action-aventures et d’espionnage. Elle compte 2 saisons pour un total de 40 épisodes, diffusés du 20 juillet 2002 au 17 mai 2004 tout d'abord sur NBC Television, puis en syndication. En France, la série a été diffusée à partir du 4 mars 2003 sur 13ème rue. "Spy Girls" a été créée par Vince Manze, Joe Livecchi, Steven Long Mitchell et Craig W Van Sickle pour MGM Television.
UN TRIO FEMININ SEXY EN DIABLE
Si l’on demandait à un amateur de séries télévisées des années 70 laquelle d’entre elles mettait en scène un trio de jeunes femmes belles et sexys, souvent déguisées, d’allure féline et gracieuse, avec certains talents martiaux leur permettant d’en faire voir aux hommes de toutes les couleurs, trio éventuellement chapeauté par un personnage masculin sympathique mais un peu falot, dont les filles aiment se moquer un peu, avec bienveillance, il répondrait sans état d’âme "Drôles de Dames", la célèbre série produite par Aaron Spelling. Si l’on posait ensuite la même question à un amateur de séries des années 1980, il répondrait sans doute "Cat’s Eyes". Et pour celui des années 1990, il pourrait enfin bien répondre "Charmed", produite elle aussi par Aaron Spelling.
Le cliché, ou « trope », est connu et a suffisamment été exploité, à la télévision, pour ne plus surprendre et être aisément identifiable. C’est à ce trope que correspond "Spy Girls", très proche, dans son concept, de celui de "Drôle de Dames", remis au goût du jour au cinéma par le réalisateur McG, en 2000, avec les comédiennes Cameron Diaz, Lucy Liu et Drew Barrymore dans les rôles-titres.
"Spy Girls", c’est donc la tentative de surfer sur ce succès, en mettant en scène trois jeunes femmes, Cassie McBaine, D.D. Cummings et Shane Phillips, anciennes voleuses, délicieusement belles et intelligentes, qui vont désormais travailler pour le gouvernement américain, en échange d’une libération éventuelle. Le gouvernement américain est, dans la série, représenté par Jack Wilde, chargé de les superviser et de leur confier différentes missions, de protection, ou d’infiltration. Rien donc qui soit vraiment neuf dans le concept de départ de la série.

UNE SERIE SOUVENT DEJANTEE, FUN ET DECOMPLEXEE, MALGRE DES INTRIGUES CONVENUES
Pour épicer la recette, malgré son postulat de départ très cliché, car vu maintes et maintes fois à la télévision, la série propose, dès ses premiers épisodes, un ton et un humour souvent farfelus et décalés. Si les intrigues sont assez clichées, à force d’avoir été elles aussi vues et revues, c’est le traitement adopté dans la série qui va faire la différence, et lui apporter un tant soi peu d’originalité. Ainsi, certains passages sont absurdes, et des inserts et un quatrième mur parfois brisé semblent adresser de gros clins-d’œil complices aux téléspectateurs, censés s’amuser eux aussi des codes détournés du genre. Dans l’épisode 1.02 « Mission Martini », par exemple, l’apparition d’un médecin interprété par le Murdoc de "MacGyver", est accompagnée d’un jingle musical disant « Evil Doctor », que l’on pourrait traduire en « Médecin Diabolique ».
La série, consciente de ce qu’elle est, un divertissement léger, au final, et s’en amuse. S’en moque, même. Elle ne se prend pas du tout au sérieux, parodiant les séries de genre, et il est attendu des téléspectateurs qu’ils en fassent autant. Pour Steven Long Mitchell et Craig W. Van Sickle, le duo de scénaristes œuvrant sur la série, c’est l’heure de la récréation. Tous deux s’étaient en effet connaître avec "Cobra", série d’une saison créée en collaboration avec Stephen J. Cannell, mais également avec la fort sympathique série "Le Caméléon", dans les années 1990, série qu’ils n’avaient pas réussi à conclure, malheureusement, de manière satisfaisante. A condition de se prendre au jeu, la saison 1, légère et distrayante, portée par un trio féminin sexy, est très plaisante à suivre.
L’humour de la série, d’ailleurs, rappelle à certains moments "Police Squad", avec Leslie Nielsen, qui adaptait au format série l’humour déjanté des films "Y a-t-il un Flic…". Rien de moins étonnant car le scénariste et consultant exécutif David Misch, auteur des meilleurs blagues de la série, avait travaillé auparavant sur "Police Squad". Si certains épisodes manquent clairement de cette folie qui caractérisait les premiers épisodes, et en particulier l’épisode-pilote, certaines idées et certains gags parviennent tout de même à faire mouche.
Les intrigues tiennent tant soit peu la route, mais sont très conventionnelles, comme par exemple dans l’épisode « Tanya », qui oppose le trio féminin d’espionne à la toute première Spy Girl, souhaitant prendre sa revanche – idée qui sera au cœur du second volet des "Charlie’s Angels" version McG au cinéma – ou l’épisode « Trois Femmes et un Couffin », qui reprend l’intrigue du bébé abandonné dont les héroïnes doivent s’occuper. Des intrigues convenues, donc, et sans surprises, mais regarde-t-on vraiment, au final, une telle série pour la qualité de celles-ci ?

UNE SAISON 2 MOINS FUN
Arrivée à la fin de la saison 1, "Spy Girls" est renouvelée pour une saison 2. Mais les diffuseurs, probablement désarçonnés par le côté burlesque de la série, sonnent quelque peu la fin de la récré. De série parodique pleinement assumée, les scénaristes font désormais la preuve d’un peu plus de sérieux pour la seconde salve d’épisodes. La série devient donc plus conventionnelle, et plus orientée vers l’action et l’aventure. Pour poursuivre la métaphore culinaire, elle devient légèrement plus fade et manque un peu de saveur.
Le personnage de Jack Wilde disparaît, et est remplacé par des personnages moins marquants, qui actent l’évolution de la série. M. Cross, le nouveau superviseur des belles espionnes, est un agent en costume tout ce qu’il y a de plus traditionnel, et se montre au final fort oubliable. Si Jack Wilde pouvait se montrer quelque peu maladroit, et pris dans des situations un peu ridicules, M. Cross se montrera plus sérieux, développant même une certaine tension sexuelle avec Cassie. Un autre personnage nouvellement introduit, Duncan, reprendra, lui, l’archétype même du petit génie de l’informatique comme on en a vu des tas au cinéma ou à la télévision.
Des personnages sans réelle épaisseur, ni personnalité marquante, que les scénaristes ne songent pas à mettre en avant ou à développer de toute façon. Les téléspectateurs ont toutefois l’opportunité de voir apparaître le Chairman, sorte de « Charlie » de l’ombre déjà mentionné plusieurs fois en saison 1, sous les traits de Bruce Boxleitner (le Capitaine John Sheridan de "Babylon 5" et le Scarecrow des "Deux Font la Paire"). Mais même ce talentueux comédien en est réduit à incarner un rôle très anecdotique.
Ces changements à l’écran, avec l’apparition de nouveaux personnages, et une orientation moins fantaisiste, sont accompagnés d’autres changements dans les coulisses : la plupart des scénaristes de la saison 1 ont dû être remerciés : on ne les retrouve plus dans les crédits des différents épisodes. Il semble qu’ils aient été remplacés par d’autres. Si la série reste tout de même plaisante et agréable à suivre grâce au charme de ses interprètes principales, on regrette la légèreté et l’humour bien plus marqués de la saison 1.

UN SEDUISANT CASTING
"Spy Girls" est une série portée à bout de bras par un casting de charme et de choc, avec des comédiennes au physique de mannequin. Natashia Williams, ancienne top-modèle est apparue en tant que guest-star dans plusieurs séries, dont la plupart étaient des sitcoms. Il en est de même pour Kristen Miller, l’interprète de D.D., apparue dans plusieurs séries en tant que guest-star, et quelques TV-films.
Des trois actrices principales, c’est Natasha Hentsridge qui était la plus connue, ayant marqué les esprits par sa participation au film "La Mutante" en 1995, qui lui permettra de gagner une notoriété internationale. Natasha, dans un premier temps réticente à l’idée de participer à la série, se fera convaincre par le ton décalé de "Spy Girls". Le principal intérêt de la série réside en leur présence, et en la possibilité d’admirer, le temps de chaque épisode, leur plastique irréprochable.
Carlos Jacott, l’interprète de Jack Wilde dans la saison 1, est un acteur habitué des productions télévisées, qui sera apparu dans un grand nombre d’épisodes de séries télévisées des années 1990 et 2000. Il en est de même pour Cameron Daddo, l’interprète du personnage de Quentin Cross dans la saison 2. Cet acteur d’origine australienne a participé notamment à la distribution régulière de la série "F/X Effets Spéciaux", qui prenait la suite de deux longs-métrages (série diffusée chez nous sur M6 à l’époque) ainsi qu’à la série "Models, Inc".

DES GUEST-STARS DE CHOIX
Les guest-stars invitées à participer à la série, que l’on se plaira à retrouver ici sont un autre des points forts de la série, pour les amateurs.
La saison 1 donnera ainsi l’opportunité de recroiser Barry Bostwick, dès l’épisode-pilote, connu entre autres pour sa participation régulière à la série "Spin City". Les frères Costas et Louis Mandylor participeront à un épisode, de même que Claudia Christian ("Babylon 5"), Julie Benz ("Buffy contre les Vampires", "Angel", "Taken", "Roswell", "Dexter"), Ray Wise ("Twin Peaks", "24 Heures Chrono"), Christina Cox ("F/X Effets Spéciaux", "Blood Ties"), pour en citer quelques-unes.
La saison 2 ne fera malheureusement pas aussi bien. Citons tout de même les présences d’Alexandra Paul ("Alerte A Malibu") et de Mizi Kapture ("Les Dessous de Palm Beach", "Alerte A Malibu").

CONCLUSION
Suite à des audiences en baisse lors de la saison 2, peut-être liées à l’orientation nouvelle donnée à la série, "Spy Girls" fut annulée au terme de cette saison 2. En France, la série a été diffusée sur 13ème Rue à partir du 4 mars 2003. Elle n’a malheureusement jamais fait l’objet d’une sortie en DVD en France. C’est quelque peu dommage pour une série somme toute sympathique et distrayante, qui savait si bien s’amuser avec les codes du genre.

DISTRIBUTION
Natasha Henstridge : Cassandra ‘Cassie’ Anne McBaine.
Kristen Miller : Deedra ‘D.D.’ Cummings.
Natashia Williams : Shane Phillips.
Carlos Jacott : Jack Wild (Saison 1).
Jamie Iglehart : Duncan Baleu (Saison 2).
Cameron Daddo : Quentin Cross (Saison 2).
