Par Christophe Orzechowski

"Scrubs" est une sitcom américaine en neuf saisons et 182 épisodes. Elle a été produite et diffusée aux États- Unis du 2 octobre 2001 au 17 mars 2010. C'est une création que l'on doit à Bill Lawrence, déjà à l’origine d’une autre sitcom de très bonne facture : "Spin City". Lawrence co-créera par la suite d’autres séries marquantes comme "Cougar Town", "Ted Lasso", ou encore "Shrinking". Les sept premières saisons furent diffusées sur NBC. La série, après une première annulation, fut reprise par la chaîne ABC, qui diffusa les deux dernières.

Bienvenue à l’hôpital universitaire du Sacré-Cœur
"Scrubs" prend place à l’hôpital fictif du Sacré-Cœur, dans lequel de jeunes internes sont accueillis, afin de devenir des docteurs et des chirurgiens accomplis. C’est d’ailleurs l’explication du titre de la série, titre qui renvoie aux tenues des médecins d’un hôpital, et au rang des personnages dans l’organigramme de celui-ci.
Elle est l’histoire de John Dorian, appelé plus régulièrement ‘J.D.’ C’est un garçon rêveur, qui a choisi la médecine, et se plonge régulièrement dans ses pensées. Il sera le narrateur principal de la série, sa voix-off introduisant la plupart des séquences, et des thèmes des épisodes.
Son meilleur ami et co-locataire est Christopher Turk, brillant chirurgien en devenir, et le plus mature des deux, même s’il n’aime rien moins que de partager les délires de J.D. Chose curieuse, il est plutôt appelé ‘Turk’ que ‘Chris’, comme si son nom de famille était devenu son deuxième prénom. C’est le premier des deux qui entamera une relation stable, solide et durable avec l’Infirmière en chef Carla Esposito, qui accompagne les jeunes internes de toute sa bienveillance.
J.D. et Chris vont également devenir amis avec la belle Elliot Reid, une jeune femme blonde un peu délurée et fofolle par moments, pour laquelle J.D. ne cessera de craquer. Leur relation, l’un des fils rouges de la série, connaîtra bien des évolutions. Ils sont amis, puis amants, et donc en couple, avant de casser, puis se rabibocher.
Pour accompagner ces jeunes internes, deux figures d’autorité vont se révéler de cruels mentors, chacun à leur manière :
- Tout d'abord, le Dr Robert ‘Bob’ Kelso, affable, mais en réalité détestable, vieux jeu, et ne cessant de mépriser et tyranniser les personnes sous sa coupe, comme le peureux Ted Buckland, l’avocat de l’hôpital, qui ne cesse de craindre les procès que pourraient intenter les patients à la suite d’une mauvaise prise en charge.
- Ensuite, le Dr Perry Cox, désagréable en apparence, mais capable de reconnaître les qualités de chacun, tout en les rabaissant constamment. Il ne cesse, par exemple, d’affubler J.D. de prénoms féminins quand il s’adresse à lui. Mais cette « méthode » de mentorat a un but : éviter que J.D. ou Elliot – qu’il appelle, elle, « Barbie » – ne prennent la grosse tête. Un médecin, dans l’intérêt de ses patients, n’est pas Superman (comme l’indiquent les paroles du générique de début de la série), et se doit de rester humble.
Autour de ces principaux personnages, vont graviter tout un ensemble de personnages récurrents comme le très anxieux Doug, lui aussi interne, Todd, un véritable obsédé sexuel, et le terrible Agent d’Entretien de l’hôpital, qui a dès le début choisi J.D. comme tête de turc, et qu’il ne cessera de martyriser à coup de mauvaises blagues.

Un humour très slapstick
L’humour de la série repose essentiellement sur deux éléments forts, tout au long de la série : des gags visuels nombreux, soit liés à des fantaisies de J.D., soit se déroulant réellement. La série abonde en chocs reçus et chutes vécues par les personnages, sans qu’aucune d’elle ne porte atteinte réellement à leur intégrité physique.
Certains personnages se courent après dans les couloirs de l’hôpital, à la fois au sens propre, et au sens figuré. Si les jeux de mots et plaisanteries sont également présents, l’humour est en grande partie visuelle : les personnages grimacent, tombent, adoptent une gestuelle qui leur est propre, destinée à faire rire.

Une série pleine de références
En effet, tout au long de la série, les références à la culture-pop abondent, et en particulier pour J.D. et Turk. Si tous deux s’entendent aussi bien, c’est qu’ils partagent le même humour, et les mêmes références culturelles, des références si fortes et marquantes que tout le monde les reconnaît, comme la série des années 60, "Batman", ou la trilogie "Star Wars". Sans qu’ils ne soient jamais considérés véritablement ainsi, le « dynamic duo » au cœur de la série est un peu « geek », au niveau de ses références. Ces dernières que tout un chacun sera capable de reconnaître.
Parmi celles dont la série fera preuve, notons deux épisodes marquants, parmi d’autres, pour les spectateurs de l'époque :
- le premier sera tout d'abord l’épisode 6.08 « Ma Comédie Musicale », qui comme son nom l’indique, est un épisode « comédie musicale », comme la plupart des grandes séries des années 90 et 2000 ont pu le proposer, que ce soit "Xena la Guerrière", "Buffy contre les Vampires", ou encore "That 70s Show".
- Puis, l’épisode 4.17 « Ma Vie Devant les Caméras ». Alors que "Scrubs" est une série à une seule caméra, à la différence d’autres sitcoms, elle donne à voir, le temps d’une parenthèse enchantée, ce qu’elle aurait donnée en adoptant un style plus traditionnel, rendant ainsi un hommage appuyé mais aussi un peu moqueur, à ses consœurs l’ayant précédée. Marquant davantage ainsi sa différence, et sa spécificité.

Une dramédie qui s’assume
Si "Scrubs" se range aisément dans la catégorie des sitcoms, en raison de son format court – une vingtaine de minutes par épisodes – et de son ton très humoristique. Mais les scénaristes vont aisément lui donner, souvent, un ton plus sérieux, et une certaine gravité. Quoi de plus normal, d’ailleurs, pour une série se déroulant dans un hôpital, et donc pour une série qui se doit d’évoquer les blessures, du corps et de l’âme, les maladies, et la mort, qui, malheureusement, attend tout le monde, et qui rôde.
"Scrubs", quand on regarde la série de plus près, et même si on peut rire franchement à certains gags, certaines mimiques, certaines répliques, est en réalité une dramédie, à la manière de "Ally McBeal", qui se rapproche beaucoup d’ailleurs par certains aspects de "Scrubs" : les deux séries évoquent, entre autres, les peines de cœur et la vision de la vie de leur personnage principal, qui donne son avis sur les événements vécus en voix-off. Les deux séries mettent en scène un personnage un peu enfantin et rêveur, qui traduit ses pensées en gags visuels, faisant glisser sa série respective dans une certaine fantaisie. Un procédé qui ne sort pas de nulle part, puisqu’il avait été initié par la série d’HBO "Dream On". Sauf que dans celle-ci, les pensées du personnage principal étaient illustrées par des extraits d’anciens films.
Ainsi, "Scrubs", sous ses atours de « sitcom » et de série légère, est une série qui peut avoir ses moments dramatiques, et parler de choses importantes. Portée par de merveilleux comédiens, c’est une série qui parle de la vie, qui parle de l’amour (la série est émaillée des histoires de cœur de J.D., d’Elliot, et de Perry Cox), qui parle de l’amitié (celle entre J.D. et Turk, mais également celle entre J.D. et Elliot), qui parle de l’évolution de tout un chacun, et des choix que l’on fait. C’est une série qui parle également, fatalement, de la mort, et qui parle enfin de ce qui compte vraiment pour soi-même, et pour les autres.
Dans "Scrubs", les pensées philosophiques explicitant là où l’épisode du jour voulait en venir (certaines d’entre elles accompagnent d’ailleurs cet article), ce qu’il voulait démontrer, abondent, croisant les différentes petites histoires du jour vers un seul et même propos. C’est une série qui affronte la vie en la regardant en face, ses joies et ses bonheurs, mais aussi, ses peines, ses difficultés et ses embûches, tout comme elle pousse ses principaux personnages à affronter le fait de grandir et mûrir, et d’affronter les conséquences de « devenir adulte ».
Si J.D. échoue dans toutes ses relations sentimentales, c’est peut-être qu’il craint, obstinément, un engagement durable qui bouleverserait sa vie d’ado attardé, qu’il est encore. Et qu’il manque peut-être aussi de maturité pour admettre que celle qu’il recherche, et qui lui correspondrait si bien, est devant lui, en la personne d’Elliot. S’il accepte de lui ouvrir son cœur, et réciproquement. Chris Turk, de son côté, est le premier des personnages à songer sérieusement au mariage, ne peut s’empêcher en même temps d’éprouver une certaine crainte à cette idée.
A ce sujet, notons d’ailleurs un épisode de la saison trois, « Ma Faute à Moi », qui fut véritablement des plus émouvants, puisqu’il se conclut sur la mort d’un personnage. Qui dit « sitcom » ne veut pas forcément dire série toujours joyeuse ou drôle, mais, au même titre que les séries dramatiques, série qui parle de la vie en générale, et qui peut donc se révéler fort touchante.
« Il faut parfois faire des choix. Des choix professionnels... Ou des choix personnels. Au fond, il s'agit d' être intègre. Et de courir après ce qui nous plaît... Même s'il faut se dévoiler. Et parfois... Parfois, il faut défendre ses amis. Quitte à sacrifier son bonheur. Mais l' essentiel, finalement, c'est d' être fier de ses choix.» -- John ‘J.D.’ Dorian (ép. 3.19 “Mon Choix Cornélien”).

Une distribution artistique de haute tenue
Ce qui contribua également à faire de « Scrubs » une série de grande qualité est d’avoir réuni de talentueux comédiens, ayant tous et toutes eu une carrière notable avant et après la série évoquée ici :
- Zach Braff, avant de tenir le rôle de John Dorian, avait participé à des films tels que "Le Club des Cœurs Brisés" et "Meurtre Mystérieux à Manhattan". On le reverra dans d'autres productions cinéma telles que "Last Kiss" et "Le Rôle de ma Vie".
- Sarah Chalke, notre pétillante Elliot Reid, avait notamment participé à la série "Roseanne" (1993/1997). Après la série, on la reverra dans la série "Cougar Town". Elle a également contribué au doublage de la très connue et appréciée série animée "Rick and Morty" (2013).
- Donald Faison, l’interprète de Chris Turk, a fait partie de la distribution régulière de la série "Clueless" (1996/1999). On l'avait également apprécié dans des films tels que "Où sont les Hommes" et "Le plus beau des combats". Après "Scrubs", on reverra Faison au cinéma dans "Skyline" (2010) et "Kick Ass 2" (2017).
- John C. McGinley, le truculent Dr Cox, a participé à plusieurs films dont "Platoon", "Wall Street", "Point Break" ou encore "The Rock". Après la fin de "Scrubs", on le reverra dans la saison 6 de la série "Burn Notice", diffusée de 2007 à 2013 sur USA Network. Puis dans la série "Stan contre les démons" (2016/2018).
- Judy Reyes, alias Carla Esposito, avait quant à elle participé à "Oz" en 2001 (la série créée par Tom Fontana et diffusée de 1997 à 2003 sur HBO) dans un rôle récurrent. On retrouvera ensuite la comédienne dans la série "Claws", diffusée entre 2017 et 2022 sur TNT.
- Pour Ken Jenkins, l’interprète du Dr Kelso, on a pu le voir dans de nombreux films tels "Abyss" de James Camron, "Air America" avec Mel Gibson et "A l’épreuve du feu" avec Denzel Washington. Jenkins retrouvera ensuite un rôle récurrent dans la série "Cougar Town", diffusée entre 2010 et 2015 sur ABC Television.
- Neil Flynn, le méchant Agent d’Entretien lui, avait été vu dans le film "Le Fugitif" avec Harrison Ford (un épisode de la saison 3, "Mon Ami Médecin" évoquera explicitement cette participation), ou encore "Magnolia" de Paul Thomas Anderson. Il sera l’acteur principal d’une autre sitcom intitulé "The Middle", diffusée entre 2009 et 2018 sur ABC Television.
Le but ici, bien évidemment, n’était pas d’être exhaustif, mais de montrer que le succès de la série peut être attribué dans une moindre mesure à ses interprètes, tous ayant eu la confiance de l’industrie pour être engagés sur des projets notables.

Des vedettes-invitées de qualité
A leurs côtés, de nombreuses guest-stars réputées vont apparaître dans la série, renforçant encore l’intérêt que l’on peut avoir pour elle. Bill Lawrence et les producteurs de la série vont, déjà, se faire un plaisir de proposer aux anciens acteurs de "Spin City" (1996/2002) d’apparaître dans la série.
On mentionnera donc les participations de Michael J. Fox ("Retour Vers le Futur", "The Good Wife", "Shrink"), Richard Kind ("Dingue de Toi", "Gotham"), Barry Bostwick ("Spy Girls", "Cougar Town"), Heather Locklear ("Hooker", "Melrose Place") au détour de quelques épisodes.
Julianna Margulies ("Urgences", "The Good Wife") sera également invitée, tout comme Brendan Fraser, Tara Reid, Matthew Perry ("Friends"), Scott Foley, Jason Bateman ("Arrested Development"), Bellamy Young ou encore Heather Graham.
Toutes n’ont pas été citées, il ne s’agissait pas là encore d’être exhaustif, mais de donner un aperçu des nombreux talents de l’industrie ayant accepté d’apparaître dans celle-ci.

Un cas unique dans l’histoire des sitcoms américaines
"Scrubs" fut un cas assez unique dans l’histoire des sitcoms américaines. Elle fut en effet produite par ABC Studios, le nouveau nom de Touchstone Television, et aurait dû être, en toute logique, diffusée sur ABC. C’est pour cela que la chaîne NBC ne fera jamais trop d’efforts pour promouvoir celle-ci au cours de sa diffusion sur son antenne, "Scrubs" n’étant pas une production « maison ». Toutefois, "Scrubs" n’en aura pas besoin, fonctionnant assez bien au fil des saisons. A l’issue de la saison sept, toutefois, NBC décide d’annuler la série. Elle sera reprise, en toute logique par ABC, qui financera une huitième saison, qui aurait dû être la dernière. Une huitième saison qui se clôturera avec un épisode de conclusion.
Mais contre toute attente, une suite est produite. En l'espèce, une neuvième saison aux allures de « spin-off ». Les acteurs historiques de la série ne sont plus que des guest-stars occasionnelles, la saison neuf mettant en avant de tout nouveaux personnages. Mais le public n’accroche pas vraiment à cette nouvelle version de la série, qui est rapidement annulée. De l’aveu même de Bill Lawrence, le projet n’avait pas grand sens, mais il l’avait accepté afin de pouvoir donner, à l’occasion d’une année supplémentaire, du travail aux personnes travaillant sur la série.
De façon générale, "Scrubs" est une série qui a su marquer son public l’ayant découverte, qui se sera attaché à ses personnages, aura ri à ses gags, aura vibré pour les peines de cœur et moments touchants des uns et des autres. C’est probablement pourquoi elle fait partie des séries à l’identité forte, avec "Buffy contre les Vampires".
Hulu proposera au cours de l’année 2026 une suite à "Scrubs", une saison dix en somme. Reste à voir comment la série abordera, avec brio on l’espère, deux thématiques fortes rendues possible par ce revival inespéré. Tout d'abord, le passage du temps (une quinzaine d’années environ se sont écoulées depuis la fin de la série). Ensuite, l’idée de la transmission. Nul doute pour conclure que la série saura aborder ces thèmes de façon amusante mais aussi émouvante. Elle montrera ainsi que, dans l’univers des séries, rien ne se termine jamais totalement.
« Le Dr Cox avait raison, car c'est l'ensemble de nos souvenirs, tant les souvenirs heureux que les souvenirs déchirants, qui forment notre personnalité. » -- John J.D. Dorian (ép. 6.11 « Mes Plus Beaux Souvenirs »).
