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Docteur Caraïbes : La série

Par Christophe Dordain

 

Curieux destin que celui de la série "Docteur Caraïbes" ! Il lui aura fallu cinq années pour débarquer dans les postes de télévision français à la fin des Trente Glorieuses. Pourtant, le tournage de "Docteur Caraïbes" avait eu lieu en Guadeloupe en mai 1968 ! Allez comprendre ! Puis, il lui aura fallu aussi patienter plusieurs décennies avant de connaître une édition en DVD sous les bons auspices d’Elephant Films (que ferait-on sans eux ?). Ce fut chose faite en octobre 2021. Aussi, on peut le clamer haut et fort : le plaisir est grand à la découverte des aventures de Marc Saint-Jacques et de ses amis !

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SYNOPSIS

En Guadeloupe, au coeur des îles de la mer des Caraïbes. Marc Saint-Jacques est un jeune médecin dynamique plein d’humour. Surnommé Docteur Caraïbes, il est assisté de sa collaboratrice Laura. Mais, il passe le plus clair de son temps à sortir son ami Jeff du pétrin dans lequel ses magouilles le mènent. Ce dernier travaille avec le brocanteur Tiberio et met au point d’anciennes cartes. Celles-ci indiquent l’emplacement d’épaves gisants dans les parages avec de précieux chargements. Très vite, Jeff se fait attaquer par des gangsters dirigés par un certain Néron. Un bandit au service de l’inquiétant Denniger…

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Crédit photo : Télécip / ORTF
UN ESPRIT DIGNE DE 007, VOIRE DE TINTIN

"Prenez un décors de carte postale ou, mieux encore, celui d'un dépliant touristique vantant les charmes des mers du Sud, quelque part aux Antilles. Dans ce cadre idéal de plages de sable fin, plantées de cocotiers et de mers toujours bleue, imaginez des personnages un peu fous qui arrosent leurs aventures au rhum et cherchent, bien sur, un inaccessible trésor. Tournez ensuite entièrement en décors naturels, une co-production en couleurs, et vous aurez peut-être "Docteur Caraïbes". Un zeste de Capitaine Troy (le héros de la série "Aventures dans les îles", un énorme succès en France au début des années 60, n.d.l.r.), un soupçon de James Bond et une réminiscence de Rocambole (le feuilleton avec Pierre Vernier et Jean Topart, diffusé en 1964, n.d.l.r.)."

C'est par l'entremise de ces quelques lignes que la journaliste Maryse Lowenbach présentait "Docteur Caraïbes" (dans le magazine Télé 7 Jours, en janvier 1973), le nouveau feuilleton diffusé par la 2ème chaîne de l'ORTF. Dans le cadre de ce large dossier, on en apprend beaucoup sur les intentions initiales de son créateur et réalisateur, Jean-Pierre Decourt. A ce sujet, ce dernier précisait : "si nous avons atteint notre but, nous aurons raconté en images un conte pour enfants de tous âges de cinq à quatre-vingts ans. Le ton général du feuilleton est résumé par la bande-dessinée qui résume chaque épisode. Marcel Jullian et moi-même avions envie de filmer un beau divertissement qui serait à la limite une parodie des séries d'aventures américaines. Dans notre histoire comico-policière, farfelue et fofolle, il entre volontairement un minimum de réalisme."

Il est exact de relever que l'ambiance générale de "Docteur Caraïbes" relève de cette curieuse alchimie entre aventures à la Tintin ou à la James Bond selon les goûts. Le tout structuré par des intrigues correctement écrites et développées dans le cadre de ce qu'on pourrait qualifier d'arcs scénaristiques. En résumé, "L'or de l'Astrolable", "Amende honorable", "Le pigeon bleu" et "L'homme à l'albatros". 4 films potentiels en somme. Pourquoi insister sur ce point ? Car "Docteur Caraïbes" connaîtra tout d'abord une exploitation au cinéma. Voici qui est chose rare pour les séries françaises. Mais bien plus commune pour ses homologues américaines telles "Des agents très spéciaux" et "Batman" par exemple.

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Crédit photo : Télécip / ORTF
LE PREMIER FEUILLETON DU MARCHE COMMUN

Jean-Pierre Decourt rappelle de même dans ce dossier "Docteur Caraïbes" que le choix de Louis Velle était une sorte de continuité de son travail avec Pierre Vergne pour la série "Rocambole" (tournée, elle, quatre ans plus tôt, n.d.l.r.) : "j'ai appris grâce à cette expérience avec "Rocambole" que tout est permis dans l'irréel. "Docteur Caraïbes" appartient à cette même veine. Aussi, j'ai choisi Louis Velle parce qu'il est le personnage léger que je souhaitais. Je le connaissais depuis longtemps. J'ai été le revoir fin 1967 quand il jouait Jean de la Lune au théâtre. Je crois d'ailleurs qu'il est exactement ce que l'on appelle un Jean de la Lune..."

Dans ce entretien, le metteur en scène insiste de même sur le caractère particulier de la production de "Docteur Caraïbes" avec, en toile de fond, le marché commun : "malheureusement, nous avons dû nous soumettre, au moins en partie, aux impératifs de la co-production. Il s'agissait, en effet, du premier feuilleton produit avec les anglais dans le cadre du Marché Commun (d'où la présence au casting de Suzanna Leigh que les fans de la série "Amicalement vôtre" connaissent bien notamment pour sa participation à l'épisode "Un enchaînement de circonstances", n.d.l.r.). Or, les représentants anglo-saxons étaient un peu effrayés par notre irréalisme. Ils nous ont sans cesse poussé à motiver davantage les rapports entre les personnages ainsi que l'histoire elle-même. Louis Velle, lui-même, en a souffert. Je crains, pour nous tous, un certain décalage entre nos intentions et le résultat final".

Pourtant, en revoyant "Docteur Caraïbes" aujourd'hui, plus de cinquante années après sa création, on est agréablement surpris par le ton léger de l'ensemble. Une impression d'autant plus salvatrice à l'aune de la production télévisuelle moderne à l'univers si sérieux et trop violent parfois. Savourer "Docteur Caraïbes", c'est prendre un grand bol d'air frais télévisuel ! C'est retrouver le plaisir de l'aventure dans un style que Tintin n'aurait pas renié. Que cela soit ici clairement affirmé !

UN TOURNAGE CHAOTIQUE
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Crédit photo : Télé 7 Jours
LE TRIO GAGNANT
Louis Velle

Formé au Conservatoire et au Cours Simon, s'il commence sa carrière au cinéma, c'est par la télévision qu'il va accéder à la célébrité. Encore assez discret dans "L'Abonné de la ligne U" (1964), les années 1970 lui apportent une certaine notoriété avec "La Demoiselle d'Avignon", "L'Homme qui revient de loin" et aussi "Le 16 à Kerbriant". On pourra citer également "L'Étrange Monsieur Duvallier" (1979). Quelques années plus tard, Louis Velle sera toujours très présent sur le petit écran avec "Le Mari de l'ambassadeur" (1990).

Toutefois, s'il brille à la télé, le cinéma fait aussi appel à lui : il est resplendissant dans "Le Permis de conduire" mais aussi dans "Un mari, c'est un mari" dont il partage la vedette avec son épouse Frédérique Hébrard. Louis Velle a également signé plusieurs pièces et écrit des livres, dont certains en collaboration avec son épouse. Louis Velle était membre de l'Académie Alphonse-Allais. Il s'en est allé le 3 février 2023.

Nous avions eu le grand plaisir de pouvoir le rencontrer en 2010 pour une large évocation de sa longue carrière. Voici le podcast à écouter en priorité :

Jess Hahn

Son père travaille dans une fonderie. Inscrit dans une école luthérienne, il achève ses études au Murray State College dans le Kentucky. Il y obtient un diplôme d'anglais et d'éducation physique. Il s'illustre au cours de la Seconde Guerre mondiale en combattant dans l'armée américaine. Il participe au débarquement de Normandie. En 1949, il revient s'installer définitivement en France, à Pleurtuit, où il se lie d'amitié avec le peintre Geoffroy Dauvergne dans les années 1970. Il épouse Marcelline, d'origine mi-flamande, mi-auvergnate, médecin-radiologue à Paris.

Au début des années 1950, il se produit dans différents cabarets parisiens, notamment à Saint-Germain-des-Prés en tant que musicien de jazz. Ne remportant pas beaucoup de succès, il décide de tenter sa chance comme comédien. Grand et robuste, il se spécialise dans les seconds rôles, en général de personnages américains, souvent comme homme de main, gangster, militaire, etc. On le voit ainsi aux côtés de Jean-Paul Belmondo dans "Cartouche", ou dans "Les Barbouzes" de Georges Lautner (ses bagarres avec Lino Ventura sont monstrueuses !). Citons également "Les grandes gueules", un des plus beaux films d'aventures du cinéma français des années 70.

Dans un registre différent, il joue le rôle principal du film d'Éric Rohmer, "Le signe du lion", celui d'un musicien perdu dans un Paris estival de déshérence et qui tombe dans la misère pour s'être cru trop tôt l'héritier d'une riche défunte. Il s'agit de son seul rôle principal chez un cinéaste majeur. Il revient ensuite à des rôles secondaires qui jouent surtout de sa carrure.

Sa carrière s'essouffle peu à peu dans les années 1970. Il tient cependant un des rôles principaux, le marin Pencroff, dans la minisérie "L'île mystérieuse", diffusée sur la 1ère chaîne de l'ORTF, qui rencontre un grand succès d'audience. Dans les années 1980, il tourne peu, mais apparaît dans quelques films de série B. Il se retire en Bretagne où il possède une exploitation agricole. Il meurt à Saint-Malo en 1998.

Georges Aminel

De père martiniquais et de mère picarde, Georges Aminel débute au théâtre en 1942. Il travaille notamment avec Gaston Baty et Jean Cocteau dont il crée L'Aigle à deux têtes en 1946 aux côtés de Jean Marais et Edwige Feuillère. À la télévision, il joue notamment dans un des tout premiers feuilletons, "Le temps des copains" de Robert Guez et Jean Canolle, en 1961.

Il entre à la Comédie-Française en 1967. Il en démissionne au moment d'être nommé sociétaire en 1972, insatisfait des rôles qui lui sont confiés. Il se consacre dès lors de façon quasi exclusive au doublage, qu'il pratique depuis le milieu des années 1950, prêtant sa voix grave à des acteurs tels que Yul Brynner, Lee Marvin, Orson Welles ou encore Vittorio Gassman.

Cependant, il occupe un place à part dans le coeur des fans de "La guerre des étoiles" pour avoir interprété la voix française de Darth Vador dans autres trois épisodes de la saga : "L'Empire contre-attaque" (1980), "Le retour du Jedi" (1983) et "La revanche des Sith" (2005), film pour lequel il sortait d'une retraite de dix-sept ans.

Georges Aminel a également prêté sa talentueuse voix à James Earl Jones dans le film "Jeux de guerre" avec Harrison Ford (1992) et sa suite "Danger immédiat". N'oublions pas également Thulsa Doom (toujours James Earl Jones) dans "Conan le barbare" avec Arnold Schwarzenegger, George Peppard dans "Tobrouk", Chartlon Heston dans "La planète des singes", George Kennedy dans "Bandolero", Yaphet Kotto dans "Alien", etc. La liste est impressionnante !

Il fut également la voix de Sylvestre le chat dans la série des "Titi et Grosminet" (un des grands bonheurs de notre enfance) et celle du Joker dans la série télévisée "Batman" (1966/1968).

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Crédit photo : Télécip / ORTF
JEAN-PIERRE DECOURT

Jean-Pierre Decourt est né le 04 février 1927 à Paris. Il est décédé le 27 novembre 2002 à Sainte-Maxime. Jean Pierre Decourt a débuté à l'ORTF en 1960. Il sera pendant plus de vingt ans l'un des meilleurs représentants de la réalisation des feuilletons et séries. De ceux qui ont fait les belles heures de la télévision française. De ceux qui resteront dans la mémoire du public ("Rocambole" avec Pierre Vernier en 1965 et "Schulmeister, Espion de l'Empereur" avec Jacques Fabbri dans les années 1971/1974 en sont autant de pertinentes illustrations).

Au cours de sa carrière, Decourt a également dirigé Jean Piat dans le feuilleton "Lagardère", diffusé en 1966. On retiendra également "Le Chevalier d'Harmental", avec Jacques Destoop, la même année. On luit doit aussi une série qui a fait date à l'époque de sa diffusion en France. Il s'agit de "Gaspard des montagnes", avec Bernard Noël. Ajoutons "Michel Strogoff" et "Trois mâts pour l'aventure" ainsi que des épisodes des "Enquêtes du Commissaire Maigret" avec Jean Richard et de "Julien Fontanes, Magistrat" avec Jacques Morel.

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Crédit photo : Télécip / ORTF
FICHE TECHNIQUE

Producteur délégué : Robert Velin
Délégué à la production : Michel Wyn
Directeurs de production : Michel Fargeas, Luigi Giacosi
Administrateur de production : Pierre Fenet
Secrétaire de production : Jeanne-Marie Liron
Co-auteur ADG : Mario Farina
Régisseur des extérieurs : Philippe Turlure
Montage : Renée Lichtig
Script-girl : Lucille Costa
Musique : Jack Arel
Direction d’orchestre : Pierre Dutour
Chanson du générique final : Herbert Léonard
Directeur de la photographie : André Dumaître
Opérateur caméra : Pierre Catarvein
Assistant-opérateur : Jean-Claude Viard
Ingénieur du son : Jacques Gérardot
Chef décorateur : Jean-Jacques Caziot
Chef maquilleur : Réné Dandin
Costumes : Madeleine Charlot
Assistants-réalisateurs : Guiseppina Battistelli, Jean Pourtalé
Coordination des combats et des cascades : Daniel Perche
Laboratoire : Humphries Holdline Ltd (Londres)
Co-production : Télécip / ORTF / Firmfilm Rome (1968)

 

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