Par Christophe Orzechowski
"Person of Interest" est une série dramatique en cinq saisons et 103 épisodes. Elle a été produite et diffusée du 22 septembre 2011 au 21 juin 2016 sur la chaîne CBS. La série a été créée par Jonathan Nolan, le frère du célèbre réalisateur Christopher Nolan. Jonathan Nolan fut notamment l’un des scénaristes de la trilogie "Dark Knight" réalisée par son frère, et le co-créateur de la série "Westworld".
"Person of Interest" a été produite par la société Bad Robot, fondée par J.J. Abrams, crédité comme producteur exécutif (Abrams qui a produit d’autres séries marquantes de la télévision comme "Lost", "Fringe" ou encore "Alias"). La série est actuellement disponible en intégralité sur Netflix.

Person of Interest, le concept de la série
Conçue afin d’être diffusée sur la chaîne CBS, "Person of Interest" est, à ses débuts, ce qui semble être une série procedural. C’est-à-dire une série qui aura un déroulement assez codifié d’un épisode à l’autre. Le tout permettant au spectateur de savoir plus ou moins à quoi s’attendre à chaque fois.
L’histoire de "Person of Interest" (expression désignant les personnes d’intérêt dans les enquêtes criminelles, c’est-à-dire susceptibles d’être interrogées, pour leurs liens avec l’affaire, qu’elles soient victimes ou coupables) commence avec le personnage d’Harold Finch, un homme blessé, diminué. Harold Finch (Michael Emerson, le Benjamin Linus de "Lost" et le Dr Leland Townsend de la série "Evil") est, d’aspect extérieur, un homme assez banal en apparence. Il boîte légèrement et se distingue peu du reste de la population.
Mais Harold est également un homme profondément en colère. Il est agacé par toutes les injustices et les crimes qui gangrènent la société américaine. Si son apparence malingre pourrait tromper ceux qui le croisent, c’est toutefois un homme qui possède certaines ressources financières. En effet, il est capable, comme on peut le voir dans le tout premier épisode de la série, d’avoir une voiture avec chauffeur et des hommes-de-main à son service. Finch peut aussi louer, sans trop de difficultés, un luxueux appartement.
Pour lutter contre les crimes violents, Harold a finalement conçu une Machine : une Intelligence Artificielle. Cette dernière est capable d’analyser une quantité incroyable de données. Elle s’aide de toutes les ressources possibles. En particulier, l’observation constante des individus grâce aux nombreuses caméras de surveillance qui scrutent tout et tout le monde en permanence, dans les grandes villes américaines. Cette machine est donc capable de traiter un nombre incalculable de données dont les les conversations téléphoniques et les comportements physiques.
A chaque nouvel épisode de la première saison, la voix d’Harold Finch nous accueille par ces mots : « Vous êtes surveillés » (« You’re being watched », en version originale). Avant de nous rappeler à chaque fois le postulat de base de la série. Puis, de nous expliquer qu’en analysant toutes ces données recueillies, la Machine serait en mesure d’anticiper les crimes les plus graves.
Ce postulat est accompagné d’un gimmick de réalisation rythmant les épisodes. Certains personnages sont, au début d’une séquence, vus à travers une caméra de surveillance. Ils sont filmés de loin, en plan d’ensemble, avant que des plans rapprochés ne nous permettent d’être auprès d’eux. Ces images de caméras de surveillance pourront s’accompagner de carré blancs, ou colorés – jaunes, rouges, et même indigo – encadrant le visage des piétons filmés. Carrés dont la signification des couleurs employées nous sera par la suite dévoilée.

Person of Interest : un épisode, un numéro, une mission
C’est donc ce point de départ quelque peu extravagant, et qui fait déjà glisser la série dans le domaine de la science-fiction, qui va donner l’argument principal de "Person of Interest".
Harold Finch engage, dans l’épisode-pilote, John Reese. John est un ancien soldat des Forces Spéciales, ainsi qu’un ancien agent de la CIA. Soit un homme ayant suivi un entraînement physique particulièrement poussé. Il est ainsi capable de vaincre n’importe quel adversaire à mains nues, aussi fort soit-il. Mais c’est aussi un homme quelque peu brisé par la vie, par la perte douloureuse de la femme qu’il aimait, et par les atrocités vécues à cause de son passé d’ancien agent.
Harold va donc rencontrer John, et lui redonner une raison de vivre, servir le Bien, et le remettre sur les bons rails. Il lui explique alors l’existence et le fonctionnement de sa Machine. Il lui propose donc de devenir ses muscles. En effet, Harold lui confiera le soin d’agir à sa place, afin de protéger des vies humaines, d’éventuelles personnes susceptibles de mourir de façon violente, et d’aider ainsi à faire le Bien, en préservant des vies. John Reese finira bien évidemment par accepter.
Si John Reese travaille dans un premier temps pour Harold Finch, et à ses côtés, sa confiance n’est pas totale. L’un des fils rouges de la saison 1 de "Person of Interest" sera de suivre l’enquête menée par Reese sur son employeur, afin de comprendre qui il est vraiment. A la fin de cette première saison, ce fil rouge disparaîtra. En somme, les deux hommes ayant compris qu’ils n’avaient plus rien à cacher à l’autre.
Le principe de la série, pour sa première saison, est ainsi mis en place. La Machine sélectionne le numéro de sécurité sociale d’une personne. Cette dernière sera prochainement impliquée dans un crime violent de plus ou moins grande ampleur. Charge à Finch et Reese d’enquêter sur la personne en question. Ensuite, de déterminer si elle sera la victime ou le coupable. Enfin de la sauver ou de l’arrêter à temps.
La série "Person of Interest" associe ainsi donc une dimension « héros justicier » très classique à la télévision, à l’ère du temps du début des années 2000 (la série a débuté sa diffusion en septembre 2011) marquée par la vidéo-surveillance se trouvant désormais quasiment partout. Série Bad Robot assumée, les épisodes sont toutefois émaillés, pour certains, de séquences flash-backs, nous plongeant dans le passé soit de Reese, soit de Finch, afin d’éclaircir des zones d’ombres de leur passé, à la manière de "Lost". Par exemple, pour nous montrer comment est né le projet de la Machine.

John Reese dans Person of Interest, un héros entre Batman et Terminator ?
John Reese est incarné avec brio par l’acteur Jim Caviezel. Dans "Person of Interest", il incarne de manière crédible un personnage de justicier urbain, tour-à-tour sensible et monolithique. Un héros aux qualités martiales réjouissantes à voir. Lorsqu’il est en mission, ses séquences de combat sont impressionnantes, donnant l’impression de voir un Terminator à visage humain, ou un Batman sans costume, ni armures, ni gadgets. John Reese et Harold Finch semblent d'ailleurs incarner les deux identités de Bruce Wayne / Batman, comme si elles avaient été séparées en deux individus différents.
Si Reese dans "Person of Interest" est bien évidemment l’équivalent de la partie physique et active de Batman, Harold Finch reprend la partie « milliardaire reclus » du mythe batmanien. Mais également celui d’Alfred lors de certaines séquences, en représentant l’allié loyal et dévoué. Celui qui est présent pour soigner les blessures de Reese parfois, en plus d’endosser parfois le rôle d’Oracle, alias Barbara Gordon, personnage féminin connectée à tout un réseau de surveillance.
"Person of Interest" ne met pas véritablement en scène un justicier solitaire. Elle utilise plutôt comme héros un duo complémentaire. En 1985, la série "Tonnerre Mécanique" mettait en scène de la même manière un scientifique supervisant les actions du justicier urbain surnommé le Tonnerre Mécanique, à l’identité secrète. La mécanique entre les deux hommes (Norman Tuttle et Jesse Mach de "Tonnerre Mécanique" peuvent faire sensiblement penser à Harold Finch et John Reese, et inversement) est véritablement proche. "Person of Interest" s’inscrit donc dans une certaine tradition. Elle s’inspire du genre super-héroïque, qu’elle transpose de façon réaliste, en dépouillant le genre de certains gimmicks (costume, gadgets ou pouvoirs) peut-être perçus comme trop enfantins.
Tant qu’à évoquer les influences possibles de la série, le nom même du personnage, John Reese, semble d’ailleurs être un clin-d’œil appuyé au film "Terminator". En effet, il reprend le prénom de John Connor, le chef de la Résistance. Mais aussi celui de Kyle Reese, le soldat envoyé dans le passé pour protéger Sarah Connor. Soit deux personnages liés à la célèbre saga cinématographique. Une référence particulièrement appréciable. Rappelons que les deux œuvres, la série et le film, évoquent des IA menaçantes (Samaritan pour l’une, Skynet pour l’autre) pour l’humanité toute entière.

Person of Interest, une série au style années 1980 ?
Malgré tout, "Person of Interest", par certains aspects, rappelle plusieurs séries d’action-aventures des années 1980. Il s’agit donc d’une production qui flirte ouvertement avec des figures traditionnelles des séries d’action-aventures (super-héros ou justicier solitaire). Toutefois, sans jamais l’assumer totalement. Si l’on laisse de côté le cadre très science-fiction de la série qui justifie son postulat de départ, on retrouve ce mélange savoureux entre le vigilantisme old- school des années 1980 (un justicier solitaire ou quasiment qui agit hors cadre légal) avec un code moral personnel, et des scènes d'action brutales.
John Reese, même s’il fait équipe de façon efficace avec Harold Finch, est un « loup solitaire ». Il débarque de façon inattendue dans la vie de personnes menacées. Comme pouvaient le faire MacGyver, Ray, dans la série "Stingray", Michael Knight dans "K 2000" ou encore Edward Woodward, le justicier discret de "The Equalizer".
Tout comme ses prédécesseurs, L’Homme en Costume Noir (surnom donné à Reese par celles et ceux qui le recherchent activement) arrive, neutralise les menaces, sauve la Personne d’Intérêt du jour, et repart dans l'ombre. Soit un justicier anti-système, typique de ceux apparus lors de la décennie des années 1980 et des années Reagan. Une époque au cours de laquelle le héros agit parce que la police, ou le gouvernement, sont incompétents ou corrompus (HR, le groupe secret de flics corrompus en est l'illustration parfaite).
Ainsi, comme dans beaucoup de séries ou de films de la décennie 80, il y a ce mélange d'action physique, de combats chorégraphiés, de gunfights, et de personnages évoluant dans des zones de gris. Bref, Reese tue quand il le faut, mais il le fait pour protéger des innocents. Il est aussi une incarnation du héros torturé, marqué par une certaine solitude mélancolique.

Pour conclure
Comme pour appuyer cette image du héros solitaire au destin brisé, l’épisode 1.14 « L’Art de la Guerre » confie à Reese le soin d’aider un jeune garçon, qui le compare à un ronin, un samouraï sans maître errant au fil de ses aventures, parcourant le monde pour aider son prochain. "Person of Interest" exploite finalement un archétype très traditionnel, qu’il revisite dans un contexte terriblement contemporain, en le liant à des problématiques terriblement actuelles ancrées dans le XXIème siècle.
FAQ PERSON OF INTEREST
Qu’est-ce que Person of Interest ?
Person of Interest est une série mêlant thriller et science-fiction, centrée sur une intelligence artificielle capable de prédire des actes violents.
Qui a créé la série ?
La série a été créée par Jonathan Nolan et produite par J. J. Abrams.
Qui sont les acteurs principaux ?
Les rôles principaux sont interprétés par Jim Caviezel et Michael Emerson.
Pourquoi la série est-elle considérée comme culte ?
Elle se distingue par son anticipation des enjeux liés à l’intelligence artificielle et à la surveillance de masse.
La série est-elle réaliste ?
Bien que fictionnelle, elle repose sur des technologies et des concepts aujourd’hui en partie réels dont le recours à l'intelligence artificielle.
