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Mariés, Deux enfants : la sitcom-culte avec Ed O’Neill

Par Christophe Orzechowski

 

Diffusée de 1987 à 1997, "Mariés, deux enfants" ("Married... with Children") est l'une des sitcoms américaines les plus populaires de la fin du XXe siècle. Portée par Ed O'Neill dans le rôle du désabusé Al Bundy, cette série comique a bouleversé les codes de la télévision en proposant une vision volontairement irrévérencieuse de la famille américaine. Aux côtés de Katey Sagal, Christina Applegate et David Faustino, l'acteur compose un personnage devenu culte auprès de plusieurs générations de téléspectateurs. Entre humour grinçant, satire sociale et situations décalées, "Mariés, deux enfants" demeure aujourd'hui encore une référence incontournable de l'histoire des sitcoms.

Les Bundy, une famille américaine typique ?

Les Bundy sont une famille américaine tout ce qu’il y aurait de plus classique, si un œil un peu distrait les observait, sans trop y prêter attention : elle est, somme toutes, constituée d’un mari et père de famille, Al, qui travaille la semaine, et se repose le Week-End. Al est en effet vendeur dans un magasin de chaussures pour dames. Son modeste salaire fait vivre toute la famille. Son épouse, Peggy, est mère au foyer. Et leurs deux enfants, Kelly et Bud, poursuivent chacun leurs études.

La petite famille Bundy possède une maison pavillonnaire, une voiture, et un chien. Il s’agit donc, en apparence, d’une famille assez banale, telle que celles déjà aperçues dans d’autres programmes télévisuels, et qui coche les cases d’un certain modèle social que les Américains et Européens sont invités à suivre : avoir une femme, des enfants, une voiture, et un logement. C’est cela qui devrait garantir le bonheur, et qui est signe d’avoir, plus ou moins, réussi sa vie.

La musique choisie pour accompagner le générique de début illustre cette idée, puisqu’il s’agit de « Love and Marriage », du célèbre Franck Sinatra. Mais n’y aurait-il pas quelque chose qui cloche, dans ce tableau presque idyllique, qui semble en tous points conforme au modèle de réussite sociale américaine ?

La toute jeune FOX se démarque de la concurrence

Sauf que la série "Mariés, Deux Enfants" est diffusée à l’époque sur la FOX, une chaîne née en 1986 et donc, à l’époque encore jeune, par rapport aux autres réseaux américains que sont NBC, CBS et ABC, fermement installés dans les foyers américains. Il faut donc apposer une certaine « marque de fabrique », et proposer des choses différentes à la télévision, afin de se distinguer de la concurrence.

Si le postulat de départ de cette sitcom semble reprendre les poncifs d’autres productions du même genre, avec la famille américaine typique telle qu’on peut en voir ici et là, "Mariés, Deux Enfants", lancée en 1987, se distingue par le type de personnages qu’elle met en scène. Al Bundy est un macho pur jus, qui ne jure que l’affirmation de sa masculinité. Lui qui, par le métier qu’il exerce, ironie du sort, se retrouve à devoir se mettre aux pieds – au sens propre – de ses clientes, souvent des femmes corpulentes et désagréables. Des femmes qui devraient chausser du 40, voire plus, mais qui insistent pour entrer dans du 36. Al est un vrai « beauf », qui n’est jamais plus heureux qu’assis devant la télé, devant un match de foot américain, une bière à la main, et une autre… dans le pantalon.

Sa femme Peggy, qui ne travaille pas, ne fait ni la cuisine, ni la vaisselle, occupe ses journées entre le visionnage de programmes de télé pour ménagères, et du shopping, dilapidant sa modeste paye. Elle ne se préoccupe aucunement de ses deux enfants, s’il y avait besoin de le préciser. Et ne fait pas non plus les courses : soit Al amène à manger, soit les Bundy… se débrouillent. Tous deux semblent se supporter plus qu’ils ne s’aiment. Les épisodes jouent sur l’ambivalence de leur relation : Al, souvent excédé, se montre des plus désagréables à l’égard de Peggy, bien servi en retour, et songe parfois à quitter son épouvantable famille, sans jamais avoir véritablement le courage de le faire. Mais certains élans de tendresse, au détour d’un épisode, laissent entendre qu’un reste de flamme existe encore entre les deux.

Kelly, jeune fille blonde écervelée, est une « fille facile » qui ne cesse de passer de gars en gars. Et son fils, Bud, est un obsédé sexuel ne rêvant que d’une chose, c’est d’enfin perdre sa virginité. Et pour finir en beauté, sa voisine, Marcy, la meilleure amie de sa femme, est une féministe pur jus très engagée, avec un premier mari lui étant quelque peu soumis, puis un second vivant à ses crochets.

Les Bundy, pour en revenir à eux, sont une famille d’Américains moyens. Des gens médiocres, sales et crasseux, bien éloignés en réalité des familles proprettes présentées sur les autres chaînes. Avec les Bundy, nous ne sommes plus confrontés à des gens aisés comme on pouvait en voir beaucoup dans les autres sitcoms des chaînes plus anciennes.

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Crédit photo : Fox Television.

Une famille unie malgré tout

Mais qu’on ne se méprenne pas, l’animosité qui semble régner entre les différents membres de la famille Bundy se traduit par des chamailleries dans la limite du raisonnable. Et malgré le fait que cette famille soit quelque peu atypique, car même si ses membres ont souvent du mal à se supporter, il y a une valeur fondamentale sur laquelle la famille ne transige jamais : c’est l’union et le soutien de ses membres face à l’adversité. Que cette famille ou l’un de ses membres soit en péril, et tous les Bundy savent faire front ensemble. Dans l’épisode de la saison 4 « La Vengeance de Bud », par exemple, Kelly venge son frère d’une jeune fille l’ayant humilié. Seul un Bundy a le droit de se moquer d’un autre Bundy.

Malgré tous les défauts, ils ont au moins cet aspect positif qui les sauve, et qui rend la série tout de même acceptable. Car les Bundy ont deux qualités encore : ce sont des gens fiers. Fiers d’être Américains, et fiers d’être des Bundy. Ils savent ce qu’ils sont : des gens modestes, appartenant à la classe populaire, ni trop pauvres, ni trop riches. Même dans une série qui semble dynamiter un certain modèle familial, la série est tout de même porteuse de certaines valeurs malgré tout.

Mariés, deux enfants : un humour corrosif

"Mariés, Deux Enfants" fait rire, mais de façon souvent grinçante, cruelle et méchante. On rit des insultes lancées par certains personnages à d’autres, la série n’épargnant rien ni personne. Al traite régulièrement sa femme de « grosse tanche » ou de « monstre roux ». Al est également grossophobe, ne dissimulant pas vraiment sa haine pour les femmes obèses, qui constituent, à ses dépens, une bonne part de sa clientèle. Il insulte également régulièrement sa voisine Marcy, en la traitant de « dinde », et ne perd pas une occasion de se moquer de sa poitrine plate en l’appelant « planche à pain ».

La série use et abuse du thème du sexe, sous toutes ses formes, pour faire rire également. Toutes les formes de sexualité sont, à un moment ou à un autre, abordées dans la série. Al est un adepte du Nibar’bar, un club de strip-tease, et cache une collection de revues érotiques à la cave, que Bud, son fils … consulte parfois. Marcy, malgré toute l’idéologie féministe dont elle est nourrie, est très portée sur le sexe.

Entre le machisme exagéré de Al – il fondera d’ailleurs le NO’MA’AM, club exclusivement masculin(iste) – et le féminisme strict, et quelque peu hypocrite, de Marci – elle souhaite tenir tête aux hommes, mais est toujours prête à céder à un beau mâle bien viril pour épancher ses besoins sexuels – la série ne tranche pas. Il s’agit, pour les scénaristes, d’utiliser les deux postures, voire idéologies, pour s’en moquer, en proposer une vision très caricaturale et réductrice. A la différence des personnages qu’ils mettent en scène, les scénaristes ne s’inscrivent dans aucun militantisme à travers la série.

Enfin, si la série se voulait assez réaliste au départ, elle va devenir de plus en plus farfelue et cartoonesque au cours des saisons : des personnages comme Al et Bud tombent régulièrement du toit de la maison, par exemple, sans souffrir pour autant de commotions cérébrales ou de blessures éventuelles, par exemple.

Des comédiens propulsés au rang de stars du petit écran

Autre signe de la grande popularité que va acquérir la série, ses comédiens vont tous, dans l’ensemble, devenir des vedettes du petit écran. Ed O’Neill, l’interprète d’Al Bundy, va par la suite incarner le personnage de Jay Pritchett, un autre père de famille, mais bourru et attachant, dans la série "Modern Family". Katey Sagal passera du rôle de Peggy Bundy à des rôles plus sombres et sérieux, comme celui de Gemma, la matriarche manipulatrice d’un gang de motards, dans "Sons of Anarchy".

Christina Applegate va incarner Jen Harding dans la série de Netflix "Dead to Me", une comédie noire très réussie. Elle sera également la comédienne principale de la sitcom "Jesse". David Faustino va davantage s’orienter dans le doublage de séries animées. Et Amanda Bearse, l’interprète de Marcy D’Arcy, va s’orienter vers la réalisation. De très nombreuses sitcoms feront appel à elle afin de réaliser plusieurs épisodes.

Mariés, deux enfants : un succès populaire durable

Aux Etats-Unis, "Mariés, Deux Enfants" fut auréolée d’un certain succès, et fut diffusée onze saisons durant, ce qui, mine de rien, est très long pour une sitcom, et méritoire, celles-ci étant souvent tuées dans l’œuf. Elle figure d’ailleurs aisément dans la liste des sitcoms les plus longues diffusées à la télévision américaine. Autres signes de sa très grande popularité, elle a bénéficié d’une parodie « pour adultes », ainsi que de nombreux remakes dans plusieurs pays, signe d’une grande popularité de la série originale, qui marquera durablement le paysage audiovisuel américaine, et fera partie des séries contribuant à faire de la FOX une chaîne avec laquelle compter désormais.

En France, elle fut diffusée par la chaîne M6 le samedi et le dimanche, le midi en milieu de journée. Si le doublage français de la saison 1 s’avère assez catastrophique, les saisons suivantes rattrapent les choses à temps. De nouveaux comédiens sont engagés, et un doublage plus adéquat est proposé. Les nouveaux comédiens comprennent l’esprit de la série et traduisent à merveille la personnalité des personnages, qui s’envoient des vacheries à la tête à longueur d’épisode.

Divertissement de mauvais goût, véritable plaisir coupable, "Mariés, Deux Enfants" aura été l’une des séries ayant contribué à porter à l’écran des personnages certes moins nobles, et peu fréquentables, pour le plaisir de nombreux téléspectateurs durant quasiment une décennie complète.

La distribution de Mariés, deux enfants

Ed O'Neill : Al Bundy.
Katey Sagal : Margaret « Peggy » Bundy.
David Faustino : Bud Bundy.
Christina Applegate : Kelly Bundy.
Amanda Bearse : Marcy Rhoades D'Arcy.
David Garrison : Steve Rhoades (pour les saisons 1 à 3).
Ted McGinley : Jefferson D'Arcy (à partir de la saison 4).

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