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Mentalist avec Simon Baker : La série

Par Christophe Orzechowski

 

"Mentalist" est une série dramatique américaine en sept saisons et 151 épisodes, produite et diffusée, aux États-Unis, du 23 septembre 2008 au 18 février 2015 sur CBS. Elle fut créée par Bruno Heller (déjà à l’origine de la série "Rome", sur HBO de 2005 à 2007). Celui-ci sera également à l'origine de la série  "Gotham" (diffusée sur la chaîne FOX de 2014 à 2019).

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Crédit photo : CBS Television.
Le concept de la série

Patrick Jane (Simon Baker que l'on peut retrouver depuis le 11 mars aux côtés de Nicole Kidman et de Jaimie Lee Curtis dans "Scarpetta") est ce qu’on appelle un mentaliste : une personne avec un don d’observation particulièrement développé. Il maîtrise particulièrement bien l’hypnose et a sa disposition quelques autres compétences. Il s’est donc fait connaître en se faisant passer pour un « psychic ». Une personne qui aurait certains dons utilisant des ressources insoupçonnées de l’esprit humain, comme la télépathie, ou la télékinésie.

Un jour, par bravade, lors d’une émission télévisée, Patrick Jane se moque d’un tueur en série qui commence à défrayer la chronique. Il signe effectivement ses crimes abominables par un visage rouge peint sur un mur avec le sang de ses victimes. Mal lui en prend, car John le Rouge (« Red John », en Version Originale), surnom de ce tueur, décide de se venger de Jane en assassinant sa femme et sa fille.

Patrick Jane, profondément meurtri par ce drame, n’aura alors de cesser de vouloir faire arrêter John le Rouge. Il devient alors consultant pour le CBI, ou California Bureau of Investigation (« Bureau d’Enquêtes de Californie », s’il fallait proposer une traduction en français), à Sacramento. Ce dernier est un département de la police de Callifornie totalement fictif, créé pour les besoins de la série. Jane va mettre ses compétences particulières au service de la loi, afin que le CBI, en retour, ne l’aide à enquêter sur John le Rouge, et à enfin l’arrêter.

Au CBI, c’est l’agent senior Teresa Lisbon (Robin Tunney, déjà vue dans "Prison Break"), jolie brune au caractère bien trempé, qui le supervise, à son grand désarroi. Car Patrick Jane est aussi charmeur et attachant qu’agaçant. De surcroît, il se montre souvent imprévisible. Il est, de plus, un génie arrogant. Un personnage d’une certaine supériorité intellectuelle, qui en a pleinement conscience, et qui n’hésite pas à provoquer les personnes, les renvoyer à elles-mêmes, deviner quand elles mentent. Ou encore à mentir lui-même, afin d’accéder à la vérité.

Patrick Jane, s’il n’était pas brillamment interprété par Simon Baker, pourrait donc être tout-à-fait détestable. En effet, Jane se montre souvent, avec les suspects, cruel, manipulateur, et sarcastique. Mais ses provocations constantes amènent à ce qu’on ait très régulièrement envie de lui mettre un coup de poing dans la figure, ce qui lui arrivera parfois, car rien n’est plus énervant que la vérité justement.

Aux côtés de Patrick Jane et Teresa Lisbon, afin de compléter l’équipe de policiers du CBI, qui constituera la distribution régulière de la série, vont également participer aux enquêtes la belle débutante Grace Van Pelt (Amanda Righetti, vue dans "North Shore : Hôtel du Pacifique", "Newport Beach" ou encore "Colony"), ainsi que l’efficace Wayne Rigsby (Owain Yeoman). Ce dernier est complètement sous le charme de Grace. On mentionnera aussi Kimball Cho (Tim Kang), très à cheval sur le règlement, que Jane conduit souvent à enfreindre.

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Simon Baker / Crédit photo : CBS Television.
Une série policière « procedural » avec un consultant

Lorsqu’elle apparaît en septembre 2008,  "Mentalist" s’inscrit dans une vague de léger renouvellement des séries policières diffusées sur les grands networks américains. Au début des années 2000, dominaient, dans les séries policières, des séries très fortes à équipes, avec un chef charismatique, telles que "Les Experts" (lancée en 2000), « NCIS » (lancée en 2003), ou encore "Esprits Criminels" (lancée en 2005). Chacune de ces séries, d’ailleurs, donnera lieu à une franchise, puisque toutes les trois donneront lieu à plusieurs séries dérivées.

Apparaissent un peu plus tard, au cours de la même décennie, plusieurs séries, qui vont proposer également une équipe, mais dont la vedette sera un personnage qui n’est pas stricto senso un policier, mais va permettre, par sa présence et ses aptitudes, à différents crimes d’être résolus. Un personnage souvent arrogant, traumatisé parce qu’il a vécu un drame personnel, ou excentrique. Un personnage à la personnalité très marqué, permettant d’apporter au genre policier un peu plus d’humour, et une dynamique particulière avec le personnage avec lequel il fait équipe, comme l’Inspectrice Beckett pour Richard Castle, par exemple.

En 2009, débarque ainsi sur la FOX "Lie to Me", qui met en scène le Dr Cal Lightman, expert en micro-expressions du visage, permettant de déceler la vérité de celui qui parle. ABC lance également "Castle" en 2009, dans laquelle Richard Castle, romancier écrivant surtout des polars, et qui devient consultant pour la police de New York. Ces séries surfent sur le succès de  "Mentalist", lancée par CBS en septembre 2008, et qui a dès le début connu de très fortes audiences.

Toutefois, ce type de déclinaison de la série policière se retrouve également sur le câble américain, sur la chaîne USA Network, qui à l’époque, développe des séries se focalisant sur des personnages forts – avec le slogan « Characters Welcome » – afin de se démarquer dans l’univers des séries TV américaines, désormais bien riche. Ainsi, "Monk", à partir de 2002, met en scène un consultant privé avec TOC, ancien policier. "Psych", à partir de 2006, nous fait découvrir Shawn Spencer, un « faux voyant », en réalité ultra-observateur. Et en 2009, Neal Caffrey, un ex-escroc, devient consultant pour le FBI. Une mode dont on retrouvera quelques échos par la suite avec les séries "Elementary" (2012) et "Lucifer" (2016).

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Crédit photo : CBS Television.
Gregory House et Patrick Jane : des frères spirituels ?

Donc, ce qui a pu motiver ou influencer le développement de la série "Mentalist", c’est indéniablement le succès également de "Dr House", diffusée sur la FOX. Si cette dernière s’inscrit dans un autre registre, celui de la série médicale, il s’agit de considérer les virus et microbes comme des responsables de maladies à arrêter. Gregory House et Patrick Jane possèdent des traits de caractères communs, étant tous deux manipulateurs, acerbes, cruels et insupportablement irritants. Ils sont tous deux des observateurs assez fin de la nature humaine, de ses travers, de ses bassesses, qu’ils ne cessent de dénoncer au travers de saillies piquantes.

Sauf que Patrick Jane le fait avec beaucoup plus de charme et de décontraction. Le cynisme est beaucoup plus marqué et incisif chez House. En plus de partager des traits de caractères communs, les deux personnages sont des êtres en souffrance, blessés par la vie. House, en plus d’être un être profondément solitaire, boîte. Patrick Jane, lui, doit vivre endeuillé des personnes qu’il aimait le plus au monde, à cause d’un tueur en série, mais aussi et surtout de sa faute morale : le fait d’avoir été trop arrogant. Sous la carapace qu’ils ont appris à développer, ce sont des êtres avec une certaine vulnérabilité tout de même, au final.

Tous deux sont accompagnés de plusieurs personnages, moins développés, qui sont à ses côtés pour l’épauler, et lui apporter un contrepoint moral justement. Autant d’adjuvants, de side-kicks, destinés à compenser leur arrogance débridée : Cho, Rigsby et Van Pelt pour Jane, Cameron, Chase et Foreman pour House. Autant de Watson, faire-valoir destinés à apporter de la nuance à ces cousins éloignés de Sherlock Holmes, dont ils sont proches également.

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Robin Tunney (Teresa Lisbon) et Simon Baker (Patrick Jane) / Crédit photo : CBS Television.
Red John, le fil… rouge de la série

Afin d’apporter un élément feuilletonnant à la série, il convient, pour une série des années 2000, de lui apporter un mystère qui sera développé tout au long de celle-ci. Un mystère qui sera au cœur du développement de la personnalité de son protagoniste principal, et permettra de tenir son téléspectateur en haleine. Le personnage de Patrick Jane, par le drame personnel, est un homme brisé intérieurement. Ce qui explique en partie le côté quelque peu cynique, qu’il fait apparaître parfois, même si le personnage est souvent détendu et souriant. Et également, le fait qu’il porte toujours son alliance, signe que le personnage n’a pas totalement fait le deuil de sa femme et de sa fille.

"Mentalist", en sa qualité de série de network, utilise le trauma initial de Jane comme postulat de départ pour la série, comme prétexte à sa place au sein du CBI, sans s’apesantir dessus, sauf si l’épisode concernait l’intrigue autour de John le Rouge. Car si on écarte cette nemesis persistante de la série, cet ennemi mortel que s’est créé Jane, il s’agit d’une série policière très traditionnelle dans son écriture.

Si elle est très bien produite, écrite, et interprétée, "Mentalist" est juste une série policière avec, à chaque épisode, son crime, et son dénouement. Mais ce sont la qualité de sa production, son interprétation, et le charme de son interprète principal, qui en font tout l’intérêt. Car  "Mentalist" n’est pas une série déprimante, loin de là, c’est une série très agréable à suivre, pour ses personnages bien écrits en général. Et également voir de quelle facétie se piquera Patrick Jane, ou encore si la relation entre Rigsby et Van Pelt évoluera vers quelque chose de plus romantique.

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Crédit photo : CBS Television.
Le mystère « Red John » : entre incompréhension et déception

Red John est donc l’un des éléments qui vont susciter la plus grande curiosité chez les téléspectateurs réguliers, à l’époque de la diffusion de la série. Les spéculations vont bon train, les hypothèses fusent : si John le Rouge connaît aussi bien Patrick Jane, c’est qu’il est forcément proche de lui, et est en réalité un personnage que nous, qui suivons la série, connaissons également. Sauf que John le Rouge n’a pas d’apparence, pas de visage. Il n’est jamais montré à l’écran. Serait-ce un membre du CBI ? Un des personnages de la distribution régulière de la série ? Les épisodes le concernant vont multiplier les fausses pistes et les rebondissements, parfois un peu capillotractés.

A l’occasion de la saison 6, les producteurs, Bruno Heller en tête, annoncent que le mystère « Red John » sera enfin levé, afin de pouvoir faire repartir la série – qui connaît un léger essoufflement – sur de nouvelles bases. Et lors de l’épisode de LA révélation, le 6.08 « La Fin de John le Rouge », c’est, chez les fans de la série, tenus en haleine durant autant d’épisodes et d’années, trépignant d’impatience à finalement découvrir « qui » il était, quelque peu la douche froide, voire la déception.

John le Rouge est bel et bien un personnage déjà apparu dans la série, insoupçonnable dans ce rôle d’ailleurs, et pour cause. Il n’es pas exagéré que de dire que personne, chez les téléspectateurs, n’aurait pensé à ce personnage – dont nous tairons l’identité dans cet article, pour laisser le soin à celles et ceux voulant regarder la série, de découvrir son identité par eux-mêmes – pour ce rôle.

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Crédit photo : CBS Television.
Bruno Heller le confesse

Et pour cause : Bruno Heller l’avouera par la suite en interview, les scénaristes de la série ne se sont décidés sur la réelle identité de John le Rouge que, seulement un an, voire un an et demi avant la diffusion, avec, en plus, plusieurs noms de suspects potentiels en tête – tout comme chez les fans ! Ce qui veut dire que, quand  "Mentalist" a été lancée, les scénaristes ont mis en place une énigme dont ils ne savaient pas eux-mêmes comment ils allaient la résoudre.

Le mystère « Red John », au cœur de la série, de la construction émotionnelle de son personnage principal, aura été, au final, une montagne accouchant d’une souris. Ceci, si on considère le mystère « Red John » uniquement sous l’angle du « qui ? », justement, et si on refuse de voir ce mystère comme un prétexte au parcours émotionnel de Patrick Jane, et à sa guérison.

En plus de l’éventuelle lassitude de… tout le monde, scénaristes et producteurs, tout comme téléspectateurs, envers une intrigue qui commençait à tourner un peu en rond, et dont on avait fait le tour, il a dû y avoir la volonté chez Bruno Heller de s’en débarrasser, plus ou moins proprement, et d’acter la fin d’une partie du parcours de vie de Jane. Le problème fut peut-être, pour les spectateurs, le fait de ne pas avoir perçu John le Rouge davantage comme un symbole, ou un concept, que comme un véritable personnage à identifier.

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Robin Tunney (Teresa Lisbon) et Simon Baker (Patrick Jane) / Crédit photo : CBS Television.
La saison 7 : une fin honnête, mais peu originale

Avec la saison 7, plusieurs changements s’opèrent pour la série, afin de la rafraîchir et la revitaliser. Certains personnages réguliers, comme Rigsby et Van Pelt, disparaissent, remplacés par d’autres. Tous deux se sont mariés. Ils partent alors élever leur famille en Californie. Un choix logique et compréhensible pour ces personnages. Une démarche qui ne frustre pas les téléspectateurs.

Patrick Jane, lui, ne travaille plus pour le CBI, mais pour le FBI désormais. Parmi les nouveaux personnages, on a l’apparition de Michelle Vega, jeune recrue du FBI. Dennis Abbott et Jason Wylie, des protagonistes déjà apparus à la fin de la saison 6, deviennent des personnages réguliers. L'objectif étant de compenser le départ de Rigsby et Van Pelt.

CBS, qui avait bien compris que la série était vieillissante, ne commande plus que 13 épisodes. Ils demandent aussi aux scénaristes de la conclure. Aussi, pour acter la fin du voyage émotionnel de Jane, la tendresse qu’ont pu éprouver Jane et Lisbon l’un envers l’autre se mue en un sentiment plus profond. De façon un peu cliché, la série se clôture de façon propre et satisfaisante sur un mariage entre les deux personnages. En résumé, un « Happy End » sans ombrage, mais également sans réelle originalité.

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L'équipe de la série Mentalist / Crédit photo : CBS Television.
Un grand succès public

En effet, les téléspectateurs gardent, en général, de la série  "Mentalist" un assez bon souvenir. Finalement, la série ayant été de toute façon produite pour constituer un programme toujours agréable à voir et à revoir. Si elle a eu quelques points faibles, ceux-ci sont peut-être moins dus aux attentes du public les concernant, qu’à leur exécution Par exemple, le traitement de la fin du mystère « Red John » ou encore la fin de la série.

Ces éléments mis de côté,  "Mentalist" fut un véritable hit pour la chaîne CBS. L'audience tournant autour des 12 à 15 millions de téléspectateurs en moyenne. Cependant, avec un léger effritement à partir de la saison 6. Somme toute ce qui est à la limite normal pour toute série de network américain dont la popularité finit par décliner au bout d’un certain moment.

En France, la série fut également un véritable succès. Elle aura assuré de belles audiences à TF1 avec sa présence en prime-time. A l’époque de sa diffusion, la série suscita un véritable engouement pour le phénomène du mentalisme. Cette manipulation mentale suscitant la publication de plusieurs ouvrages dédiés à ce sujet.

Au moment où cet article est rédigé, la série est rediffusée sur la chaîne TMC l’après-midi en semaine. Elle est également disponible sur Netflix France.

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