Par Christophe Dordain
Banacek est un enquêteur américain, d'origine polonaise. Il travaille à son compte. Il prélève au passage 10 % de la prime d'assurance associée aux objets rares et précieux qu'il se charge de retrouver. Le tout souvent dans des conditions difficiles. Parfois, au péril de sa vie...

LE CONCEPT DE LA SÉRIE
Thomas Banacek est une sorte de détective. Quoique plutôt un agent indépendant de grande classe. Moitié américain, moitié polonais. Spécialiste des crimes impossibles qui défient l'imagination, il travaille en freelance pour une compagnie d'assurances, la "Boston Insurance Company". Cette dernière le rémunère à hauteur de 10 % de la valeur des objets volés ou disparus. Cependant, cette société met régulièrement Banacek en concurrence avec ses propres enquêteurs. Deux de ces derniers reviennent régulièrement dans cette série : Carlie Kirkland (Christine Belford) et Penniman (Linden Chiles).
Tous deux jalousent à l'évidence Thomas Banacek. En effet, ce dernier habite le quartier chic de Boston. Il roule en limousine avec chauffeur. Il manifeste un goût très sûr en matière de vêtements, d'art, de cuisine et de jolies femmes, bien évidemment. Qui plus est, Thomas Banacek est aidé dans ses investigations par un libraire appelé Felix Mulholland (joué par Murray Matheson). Il est de même régulièrement assisté par son chauffeur personnel, Jay Drury (interprété par Ralph Manza). Bref, Banacek, c'est la grande classe incarnée !

QU'EST-CE QUE THE NBC MYSTERY MOVIE ?
"Banacek" fait donc partie du catalogue des séries qui ont été intégrées dans ce programme si populaire dans les années 70 qu'est "The NBC Mystery Movie". Ceci explique que les épisodes de "Banacek" durent en moyenne 75 minutes.
Mais qu'est-ce que le "NBC Mystery Movie" ? Au début des années 70, l'ambition de NBC est de commander différentes séries, produites par Universal Television. Elles compteront en moyenne cinq à sept épisodes et seront prêtes à être diffusées dès la saison 1971/1972. Le but ultime est d'intégrer ces séries en respectant un principe de rotation, semaine après semaine. Le tout afin de former un ensemble cohérent dans un nouveau concept d'anthologie intitulé : "The NBC Mystery Movie".
La cohérence souhaitée s'appuiera sur un critère crucial. Tous ces nouveaux programmes devront avoir une forte connotation policière. De fait, entre 1971 et 1978, NBC aura diffusé près de 150 épisodes de cet acabit. Nombreuses sont ces séries qui favoriseront la naissance de nouveaux héros. On peut citer notamment "Madigan" avec Richard Widmark ; "Columbo" avec Peter Falk ; "McCoy" avec Tony Curtis ; "McMillan" avec Rock Hudson ; "Un Shérif à New York" avec Dennis Weaver ; "Hec Ramsey" avec Richard Boone. Autant de programmes qui ont connu la faveur d'une programmation sur les chaînes françaises dans les années 70 et 80.
Autre précision d'importance, ces programmes autorisaient les studios Universal à tester de jeunes cinéastes. Parmi eux, un certain Steven Spielberg qui aura notamment oeuvré sur la première saison de "Columbo" (dès 1971 avec l'épisode "Le Livre Témoin"). Dans le cas particulier de "Banacek", la production sollicitera les solides compétences de Jack Smight, Richard Heffron, Lou Antonio, Bernard L. Kowalski, George McCowan et d'Andrew V. McLaglen. Et encore, cette liste de téléastes ne se veut pas exhaustive.

LA PRODUCTION ET LA DIFFUSION DE BANACEK
Steven Bochco et Anthony Wilson aux commandes de Banacek
En 1972, pour le lancement de "Banacek", une équipe de professionnels chevronnés est constituée dès le tournage du pilote, diffusé le 20 mars 1972 dans le cadre des screenings. Ces cases horaires printanières permettent alors aux différents réseaux de tester l'audience potentielle des futures séries programmées à la rentrée suivante, dont le tournage débute au cours de l'été.
Dans ce but, on a fait appel aux compétences de Steven Bochco. Ce dernier est crédité en tant que producteur associé (par la suite Bochco tentera à deux reprises d'adapter le principe de l'invisibilité au petit écran, en 1975 et en 1976, avec "L'Homme Invisible", interprétée par David McCallum, puis "Le Nouvel Homme Invisible", avec Ben Murphy).
Toutefois, il apparaît maintenant nécessaire d'insister sur le rôle prépondérant joué par Anthony Wilson. Car lui aussi est très actif depuis les années 60 notamment en tant que consultant aux scénarios de la série "Perdus dans l'Espace" (produite par Irwin Allen, et interprétée par Guy Williams entre 1965 et 1968). Il est également connu comme le producteur exécutif de "L'Immortel" (en 1970, avec Christopher George). Peu après l'arrêt de "Banacek", en 1974, c'est lui qui lancera une nouvelle adaptation du roman de Pierre Boulle, "La Planète des Singes" (avec Roddy McDowall, Ron Harper et James Naughton). Bref, vous l'aurez compris, Anthony Wilson était à l'époque une sacrée pointure dans le monde des scénaristes et des producteurs.
Paul Playdon et Howie Horwitz, deux producteurs d'expérience
Dans l'équipe de production, il faut également insister sur la présence de Paul Playdon qui devient producteur associé pour la série en lieu et place de Steven Bochco. À l'époque, Paul Playdon venait d'achever sa collaboration avec Quinn Martin sur 24 épisodes de la série "Cannon". Il participera ensuite à la mise en chantier de la série "Le Magicien", avec Bill Bixby, une activité qu'il mènera en parallèle avec son travail sur "Banacek". Peu après la suppression de cette dernière, Paul Playdon collaborera avec Glen A. Larson sur 16 épisodes de "Switch", avec Robert Wagner et Eddie Albert, en tant que producteur à part entière cette fois. Quant à la qualité de son travail de scénariste, il vous suffit de revoir les 14 épisodes de "Mission : Impossible" auxquels il a collaborés entre 1968 et 1971 ou bien les trois très bons épisodes de la série "Les Mystères de l'Ouest" qu'il a écrits au cours de la 4ème saison. En résumé, de quoi être définitivement convaincu.
Enfin, parmi les géniteurs de "Banacek", ne négligeons pas le rôle prépondérant joué par Howie Horwitz. Il est un des très grands producteurs américains des années 60 et 70. Parmi les séries qu'il a supervisées, citons les 93 épisodes de "Batman", diffusés entre 1966 et 1968, ainsi que les 17 épisodes de "L'Immortel", déjà évoquée précédemment. Mentionnons aussi, pour mémoire, "77 Sunset Strip", "Intrigues à Hawaï" avec Robert Conrad et "Baretta", avec Robert Blake, pour la saison 2.
Des scénaristes, réalisateurs et guest-stars de premier plan
Cette équipe de choc va ainsi s'appuyer sur des scénaristes talentueux : Del Reisman, David Moessinger, Stanley Ralph Moss (futur créateur de la série "Wonder Woman"), Stephen Kandel, Theodore Flicker, Robert Van Scoyk, Morton S. Fine, etc. Et que dire des téléastes appelés à mettre en images les épisodes : Jack Smight, Richard T. Heffron, Bernard McEveety, Andrew V. McLaglen, etc. Avec une mention particulière pour Bernard L. Kowalski, responsable de quatre des 17 épisodes de la série "Banacek".
La série impressionne également par le nombre de vedettes invitées sollicitées pour donner la réplique à George Peppard. Un épisode est, à ce titre, parmi les plus éloquents : "Max Le Magnifique" ("If Max Is So Smart, Why Doesn't He Tell Us Where He Is ?", diffusé le 07 novembre 1973 d'après un scénario de Robert Van Scoyk et mis en images par Bernard L. Kowalski). Jugez plutôt de sa distribution artistique : Anne Baxter, Richard Jordan, Jim Davis (futur patriarche dans "Dallas"), William Sylvester (futur patron de Ben Murphy dans "Le Nouvel Homme Invisible") et John Zaremba (un des principaux protagonistes de la série "Au Coeur du Temps").
La diffusion de Banacek sur NBC
Pour ce qui est de la programmation, NBC avait réparti son principe de rotation sur deux soirées distinctes : le mercredi et le dimanche. Le dimanche était réservé à Columbo, McMillan et Un shérif à New York, précédemment citées, tandis que le mercredi accueillait Banacek, Cool Million et Madigan pour la saison 1972/1973.
Au cours de la seconde saison, "Cool Million" sera remplacée par "Tenafly" avec James McEachin. Toutefois, le seul succès de "Banacek" va s'avérer insuffisant pour empêcher à la fois l'annulation de la série, mais aussi celle de cette déclinaison du "NBC Mystery Movie", programmée le mercredi.

BANACEK OU L'INFLUENCE DE THOMAS CROWN
De Thomas Crown à Thomas Banacek
C'est en 1968 que sortait sur les écrans "L'Affaire Thomas Crown" (mis en scène par Norman Jewison, avec Steve McQueen et Faye Dunaway dans les rôles principaux). Steve McQueen y incarnait un millionnaire dont le passe-temps favori consistait en l'élaboration de braquages de haut vol. Faye Dunaway, quant à elle, joue le rôle d'une enquêtrice d'assurances, Vicky Anderson, chargée de coincer Thomas Crown.
Vicky Anderson se lance alors à la poursuite de cet homme d'affaires, braqueur à ses heures perdues. Un duel s'engage entre eux avec, en arrière-plan, une tentative de séduction qui débouche sur l'un des baisers parmi les plus longs de toute l'histoire du cinéma.
Un gentleman enquêteur inspiré par cinéma
Quatre ans plus tard, la série "Banacek" débute sa diffusion sur NBC. Il est alors indéniable que l'on peut observer de nombreuses similitudes entre le film et son ersatz télévisuel. Pourquoi cette affirmation ? Parce que Banacek a des goûts plus que communs avec Thomas Crown. En effet, il a les cheveux poivre et sel plutôt courts typiques de l'époque pour un quadragénaire. De surcroît, Banacek porte des costumes de bonne coupe et vit dans une vaste demeure située dans la riche banlieue de Boston (que l'on aperçoit aussi bien dans le film que dans la série). Ajoutons une prédilection pour les oeuvres d'art, la gastronomie haut de gamme et la consommation immodérée de cigares, vous conviendrez que les créateurs de "Banacek" se sont très largement inspirés du film de Jewison.
La véritable originalité de la série réside donc dans le fait que les créateurs de "Banacek" ont reporté sur lui la fonction initialement dévolue à Vicky Anderson dans le film. Ainsi, Banacek met-il ses dons particuliers au service de la police et des compagnies d'assurances pour résoudre les disparitions d'objets de valeur et parfois d'êtres humains. Un exemple ? L'épisode "Escamotage" ("Let's Hear It For The Living Legend" programmé au cours de la saison 1, le 13 septembre 1972) qui voyait la disparition d'un joueur de football en plein match !

GEORGE PEPPARD EST THOMAS BANACEK
George Peppard avant Banacek
George Peppard naît à Detroit en 1928. Après un service militaire dans les Marines, il entre à l'université pour devenir ingénieur. Mais il ne tarde pas à se tourner vers une carrière artistique. Peppard suit alors les cours de l'Institut Carnegie, en Pennsylvanie. Puis ceux du célèbre Actors Studio de New York.
Sa carrière à l'écran commence en 1957 avec le film "Demain, ce seront des hommes" (réalisé par Jack Garfein). Peppard attire ensuite l'attention en 1960 en jouant le fils illégitime de Robert Mitchum dans le mélodrame "La Maison de la colline". Il se forge dès lors une solide réputation en interprétant son rôle le plus mémorable dans "Diamants sur canapé". Une réalisation de Blake Edwards, en 1961, avec également Audrey Hepburn.
Considéré par les studios comme la jeune étoile montante, Peppard est alors enrôlé dans les films à succès de l'époque. On retiendra en priorité "La Conquête de l'Ouest" (1962) et "Opération Crossbow" (1965). Il atteint le sommet de sa popularité dans une autre production somptueuse. Ce sera "Le Crépuscule des aigles" (1966). Un film dans lequel il jouait un pilote d'avion allemand durant la Première Guerre mondiale. Puis, place à "Tobrouk" l'année suivante. Un excellent film de guerre signé Arthur Hiller.
Banacek, un rôle déterminant pour George Peppard
Au début des années 70, sa popularité, quelque peu déclinante, est ainsi temporairement amplifiée grâce à la série "Banacek" qu'il interprète entre 1972 et 1974.
A propos de la série, d'après un article publié par Pamela Burke dans Télé 7 Jours (numéro 716 en date du 12 janvier 1974), on apprend que "grâce à "Banacek", George Peppard gagne environ 100 000 dollars par année. Mais ce ne sont là que ses appointements d'acteur. Car il touche en plus, une part des bénéfices que rapporte la vente de la série dans le monde, étant, évidemment, devenu actionnaire de la firme qui produit la série. "Banacek" a fait de lui un homme riche. Pourtant, ce sont des motivations exclusivement psychologiques qui l'avaient incité à accepter ce rôle en or. Banacek est un homme intelligent, fin et cultivé. Peppard était heureux de jouer un personnage plus proche de lui que les cow-boys que le cinéma lui imposait. Il avoue même aujourd'hui : En prenant ce rôle, je pensais que la série n'aurait pas un succès considérable. Parce que son héros était trop nuancé et trop fin... Ce qui prouve que, parfois, on peut avoir la chance de se tromper..."
Après Banacek, du cinéma à L'Agence tous risques
Ses rôles au cinéma se révèlent moins marquants par la suite. Certes, Peppard produit, dirige et interprète le drame "Five Days From Home" (1978), mais le résultat est plutôt décevant. Cependant, au milieu des années 80, il connaît un nouveau regain de popularité grâce au succès de la série "L'Agence tous risques". Le programme en question est une création de Stephen J. Cannell qui comptera finalement 5 saisons.
En guise de conclusion, il est utile de préciser que, contrairement aux nombreux rôles de militaires qu'il a interprétés, George Peppard aura été toute sa vie un militant fervent du Parti démocrate. Il s'est ainsi beaucoup battu pour les droits civiques, mais aussi pour l'abolition des armes à feu et pour toutes les causes pacifistes.
George Peppard a également longtemps souffert d'alcoolisme et consacra une partie de ses dernières années à aider d'autres personnes confrontées à la même dépendance. Diagnostiqué d'un cancer du poumon en 1992, George Peppard en subit l'ablation. Toutefois, des complications survenues lors de son traitement postopératoire entraînent une pneumonie qui finit par l'emporter le 8 mai 1994, à Los Angeles.
Ses plus grands rôles au cinéma auront donc été :
- "La Gloire et la peur" avec Gregory Peck.
- "Celui par qui le scandale arrive" avec Robert Mitchum, Eleanor Parker et George Hamilton.
- "Diamants sur canapé" de Blake Edwards avec Audrey Hepburn.
- "Opération Crossbow" avec Trevor Howard et Sophia Loren.
- "Le Crépuscule des aigles" de John Guillermin avec James Mason et Ursula Andress.
- "Violence à Jéricho" avec Dean Martin.
- "Tobrouk" de Arthur Hiller avec Rock Hudson.
- "Syndicat pour meurtre" avec Raymond Burr.
- "Un Cri dans l'ombre" de John Guillermin avec Orson Welles.
- "Le Dernier Train pour Frisco" avec John Vernon.
- "Les Survivants de la fin du monde" de Jack Smight avec Jan Michael Vincent.
Mentionnons également quelques téléfilms de prestige. Par exemple, "Los Angeles Détective" réalisé par Michael Pressman (diffusion le 10 décembre 1989 sur NBC / Diffusion France le 13 avril 1990 sur TF1). On pourra aussi mettre en exergue "Le Complot du Renard", réalisé par Charles Jarrott, en 1990.

FICHE TECHNIQUE DE LA SÉRIE
Créée par : Anthony Wilson
Producteur : Howie Horwitz
Producteur exécutif : George Eckstein
Producteurs associés : Steven Bochco (pilote), Paul Playdon (série)
Responsable de la production : Henry Kline
Consultant aux scénarios : Paul Playdon
Supervision des scripts : Robert Van Scoyck
Thème du NBC Mystery Movie : Quincy Jones
Musique : Billy Goldenberg, Jack Elliott, Ally Ferguson, Elliott Kaplan, David Rose, Richard DeBenedictis
Directeur de la photographie : Sam Leavitt
Directeurs artistiques : George C. Webb, Sydney Z. Litwack
Supervision du montage : Richard Bielding
Montage : Bill Brame, Albert J.J. Zuniga, Robert Watts
Décors : Jerry Adams, James M. Walters, John Austin, Frank Rafferty
Costumes : Grady Hunt
Assistants-réalisateurs : Foster H. Phinney, Jack Barry, Brad Aronson, Reuben Watt
Régisseurs : Ben Bishop, Jim Hogan
Cascadeurs : Denny Arnold, Bob Herron, Jesse Wayne
Supervision de la musique : Hal Mooney
Son : John Carter, Earl Schwarz, Don Sharpless
Titres et effets optiques : Universal Title
Générique conçu par : Wayne Fitzgerald
Production : Universal Television (1972/1974)

