Par Thierry Le Peut

Mariage raté pour Les deux font la paire...
La quatrième saison poursuit cette évolution et entraîne les protagonistes vers un tournant décisif. En 1984, Juanita Bartlett, promue productrice exécutive, se demandait combien de temps la série pourrait maintenir la tension sexuelle entre ses deux protagonistes. « On ne peut pas perdre cette merveilleuse tension sexuelle », disait-elle au Los Angeles Times. « Dès le moment où vous les mettez dans le même lit, la magie disparaît. » La pression du public aura pourtant le dernier mot et, après une troisième saison de « peut-être » et de semi-aveux où Lee et Amanda se tournaient autour sans se décider à franchir le pas, la quatrième saison offre enfin aux téléspectateurs le mariage tant réclamé.
Ce sera donc dans l'épisode de Saint-Valentin, « Piège à espion », diffusé le 13 février 1987 sur CBS. « Ce sont les téléspectateurs qui ont réclamé leur mariage », insiste George Geiger, « parce qu'ils étaient persuadés qu'ils formeraient un beau couple. CBS aurait préféré que leur romance reste platonique. » Pour leur entourage, cependant, Lee et Amanda gardent le secret, de manière peut-être à ne pas mettre en danger Amanda et sa famille, mais surtout pour préserver une intimité rendue difficile par un métier aventureux et la famille d’Amanda.
Un traitement contestable
Sans discuter la pertinence de cette conclusion, on ne peut que s’étonner de son traitement. Bien qu’intéressante, l’évolution de la relation unissant Lee et Amanda manque souvent d’épaisseur et d’enjeu émotionnel. L’épisode « Marché de dupe », où les deux agents finissent par se fiancer, ne parvient pas (en tout cas dans sa version française) à transcender une mise en scène froide et distante. Le dialogue entre Lee et Amanda dans la pièce où les a enfermés le terroriste de la semaine paraît tristement conventionnel alors même que les héros sont dans une situation désespérée censée mettre au jour leurs sentiments longtemps enfouis ou contrariés.
Dans « Piège à espion », le mariage est également filmé avec une platitude consternante qui rend difficile l’empathie du téléspectateur et ne peut que décevoir les plus fidèles. Aucun gros plan sur les visages ou les regards, rien d’autre qu’un plan rapproché sur le couple, de profil, répétant par deux fois les paroles rituelles récitées par le pasteur.
La scène suivante, prélude à la nuit de noces, montre les jeunes mariés debout dans une chambre nuptiale, attendant qu’une femme de chambre lymphatique et muette termine de préparer le lit. Puis la caméra filme le départ de l’employée, la porte qui se referme sur le couple et l’écriteau « Please do not disturb » accroché à la poignée. Voilà tout ce qui est offert au public après quatre ans d’aventures et de « tension sexuelle »...
Que le véritable mariage soit moins réussi que celui, factice, de l’épisode « Mariage en blanc » au milieu de la deuxième saison est un paradoxe qui nourrirait à lui tout seul un cours sur le traitement du romantisme dans la comédie policière des années 80, et sur les mille et un dangers de la célébration différée. Dans « Mariage en blanc », en effet, Lee et Amanda s’unissent selon les règles d’un glamour assumé, en grande tenue et regards langoureux.
Mariage démythifié dans La série Les deux font la paire
La quatrième saison, en revanche, s’emploie à démythifier le mariage en le présentant sous un jour aussi peu romantique que l’entretien préalable avec un pasteur « surbooké » et la prise de sang préliminaire ! Rien d’étonnant à ce que la cérémonie soit réduite finalement à un échange de formules rituelles sans intérêt et la nuit de noces à une femme de chambre indifférente dans un hôtel rempli de jeunes mariés envoyés par le même pasteur.
L’échec de ce mariage précipité (traité dans les dernières minutes de l’épisode) est aggravé par une fin de saison dont Amanda est quasiment absente. Atteinte d’une balle perdue dès l’épisode suivant, « Une mission en or », la jeune mariée est entre la vie et la mort pendant que sa moitié cherche à faire justice avec le concours d’un octogénaire aventureux. Dans les autres segments, l’épouse n’apparaît que dans quelques scènes, en général au début et à la fin de l’épisode. De quoi en perdre son latin et garder rancune aux producteurs, d’autant que la série ne connaîtra pas de cinquième saison.
Des relations orageuses
Hors écran, les rapports entre les acteurs ont du mal à rester au beau fixe. « Ce n'est plus un secret : les relations entre nous étaient infiniment moins cordiales en réalité que dans la série », déclarera Boxleitner après l'arrêt de la série. « Kate avait beaucoup de soucis : son métier était tout pour elle, elle était obsédée par l'idée de rester au sommet, de ne pas vieillir. » Tendue, d'autant que son second mariage se solde par un échec en 1984, Kate Jackson est de plus hospitalisée pour une tumeur maligne au sein en 1987, ce qui explique son absence dans les derniers épisodes.
Tout cela, ajouté à la mésentente entre l'actrice et l'épouse de Boxleitner, Kathryn Holcomb, aura un effet déplorable sur l'ambiance du tournage. La saison du mariage sera donc la dernière et les jeunes mariés iront finir leur lune de miel loin des plateaux, Boxleitner se séparant de sa femme et Kate Jackson s'essayant à un nouveau mariage en 1991, avec Tom Hart, un promoteur immobilier. Dont elle divorce au bout de dix-huit mois.
Conclusion
Presque quarante ans après son interruption, "Les Deux font la paire" conserve de nombreux fans, comme en attestent la bonne dizaine de sites qui lui sont consacrés sur Internet. Le couple formé par Lee et Amanda, moins explosif que celui de "Clair de lune" mais aussi réussi que celui de "Remington Steele", préfigure, à cause de ses géniteurs Eugenie Ross-Leming et Brad Buckner, celui que formeront dans la décennie suivante Lois et Clark dans "Les Nouvelles aventures de Superman". Une question demeure cependant : pourquoi aucune chaîne ne rediffuse-t-elle cette intéressante série des années 80 ?
