17 août 2022
Dossiers séries TV Fantastique

La Brigade des Maléfices : La série

Par Christophe Dordain


L'inspecteur Paumier, chef de la brigade des maléfices, est chargé à la préfecture de police de Paris, d'enquêter sur les affaires les plus insolites que la science policière échoue à résoudre. A bord de son side-car jaune et rouge, piloté par Albert son fidèle second, l'inspecteur Paumier poursuit les malfaiteurs les plus inattendues : vampires, fées, fantômes et même une incarnation du diable.

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UN BIEN CURIEUX OBJET TELEVISUEL

Il est un temps pas si lointain où la télévision française pouvait être un havre de paix pour les créateurs. Un véritable lieu où l'imagination pouvait prendre le pouvoir. De fait, dans une époque actuelle où seule la médiocrité ou presque règne sans partage, où l'on proclame stars des décérébrés insupportables que la simple apparition au petit écran dans ses honteuses émissions de télé-réalité donne au spectateur que je suis des envies de meurtres, où l'on attend quand même avec impatience que viennent des Etats-Unis des séries dignes de ce nom et réellement novatrices (le succès de "Westworld", "Ratched" et autre "Sweet Tooth" l'atteste si bien), ou, enfin, la création hexagonale semble se cantonner, exception faite de Canal Plus, aux adaptations littéraires, certes de qualité, mais fleurant bon la naphtaline, etc. Bref, dans une période où la télévision hertzienne, mais aussi de plate-forme de streaming, m'ennuie profondément, il est alors si doux de se replonger dans l'O.R.T.F. des années 70. Pourquoi ? Pour y découvrir une petite pépite de seulement 6 épisodes de 55 minutes à l'univers si étrange : "Les Brigades du Maléfice".

A l'origine de cette curieuse création télévisuelle, à la frontière des genres policier et fantastique, une démarche peu commode au pays de Descartes, se trouve un duo formé par Claude Guillemot, un réalisateur qui avait obtenu un premier prix au Festival du Court-Métrage de Tours en 1967 pour le film "Dialectique", et Claude-Jean Philippe (qui oeuvra sur la série sous le pseudonyme de Claude Nahon), l'animateur du Ciné-Club d'Antenne 2 dans les années 70, la référence ultime de la culture cinématographique appliquée à la petite lucarne magique.

Voilà pourquoi de lucarne magique, il est fortement question dans cette tentative menée par notre duo pour porter à l'écran les aventures de l'inspecteur Paumier et de son fidèle Albert. Tous deux sont en charge d'une unité spéciale de la police française. Une unité ignorée des registres officiels, la Brigade des Maléfices. Cette dernière opère sous l'autorité d'un commissaire principal (l'indispensable Jacques François). Lequel ne se résout à la solliciter que lorsque la raison (incarnée par le condescendant inspecteur Muselier) faillit à résoudre les affaires les plus inhabituelles.

Claude-Jean Philippe aura raconté avec moult détails croustillants la genèse de "La Brigade des Maléfices" dans un dossier publié par Télérama dans son numéro 1124 (ainsi que dans un article du magazine Télé 7 Jours dans son numéro 592). A propos de la série, il déclarait ceci : "C'était par un matin d'automne dans la forêt de Rambouillet. Jean-Pierre Chartier, dont j'étais alors l'assistant-réalisateur, me dit, en désignant un clairière dans la brume : "Rien d'étonnant à ce que l'imagination populaire ait pu faire naître des fées par ici..." Le lieu était féerique en effet et il se nommait "La mare aux fées".

Voici ensuite l'avis de Paul Sarlat à propos de la série, et de la performance de Léo Campion, dans le magazine Ciné Télé Revue numéro 33 du 19 août 1971 : "On aime ou on aime pas le feuilleton télévisé "La Brigade des Maléfices", mais force est de reconnaître que Léo Campion, cet étonnant inspecteur Paumier, spécialiste des affaires irrationnelles (celles que la police ne peut résoudre par les procédés habituels), a réussi à faire l'unanimité des inconditionnels du petit écran. Si le genre fantastique demeure une spécialité difficile à manier, Léo Campion a du moins réussi à donner le change et à personnifier, de manière à la fois savoureuse et humoristique, un enquêteur merveilleusement invraisemblable. Virtuose des sciences occultes, enfermé dans le capharnaüm de son bureau, sorte d'antre de sorcier encombré de cornues, d'alambics, de masques asiatiques et de toutes sortes d'animaux étranges dont un perroquet et des chauve-souris, il se meut comme un poisson dans l'eau, dans le surnaturel et la magie, et parvient à résoudre folles énigmes et affaires délirantes..."

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Léo Campion
UNE REUSSITE A LA FRANCAISE

Comme le précisait un internaute dans le cadre d'un message laissé sur le forum dvdclassik, en août 2007, "cette "Brigade des Maléfices" est donc un véritable département de l'étrange, elle ne compte que deux membres : son responsable, Guillaume Martin Paumier (Léo Campion), flanqué de son assistant Albert (Marc Lamole). Paumier, que l'on croirait échappé des pages d'un scénario de Jacques Prévert, est éloquemment présenté dès le générique comme un "Sherlock Holmes de la féérie", "un Maigret de la sorcellerie moderne". Pétri de malice et nimbé de poésie, il évolue en commerce étroit avec le surnaturel et les forces occultes, et la résolution de chaque dossier sanctionne le triomphe de l'imaginaire sur un rationalisme étriqué. Au fil des cas apparemment inextricables que lui confie à contre-coeur son supérieur hiérarchique, Guillaume Martin Paumier emprunte aussi bien les sentiers du merveilleux (une mare aux fées où les gens apparaissent et disparaissent mystérieusement) - que les chemins plus ombrageux du Fantastique (un fantôme terrorisant un HLM, le dernier des vampires). Il lui faudra même déjouer par deux fois les machinations du méphistophélique Diablegris (avec un Pierre Brasseur plus vrai que nature)".

Nombreux sont donc les témoignages affectueux à propos de "La Brigade des Maléfices" que l'on peut découvrir sur des forums et qui montre que la série n'a pas totalement disparu de notre mémoire collective. Citons celui de Thierry, également sur dvdclassik : "Serviteurs dévoués et méticuleux d'une tradition du Fantastique à la française qui mêle la littérature populaire et les sérials de Louis Feuillade, cet aréopage de conteurs de fée modernes s'était assigné comme ambition: "communiquer au spectateur notre goût de l'imagination, de la rêverie, un certain sens aussi de l'humour." Je vous invite à y goûter une nouvelle fois et à rêver que les fées et les détenteurs d'un savoir ancestral, oeuvrant au moyen de formules ésotériques à éveiller l'intérêt des éditeurs et des programmateurs; et ainsi offrir aux nouvelles générations une chance de franchir le seuil du bureau de Guillaume Martin Paumier, où dorment les témoignages de l'envers merveilleux de notre paisible réalité quotidienne".

Ou bien encore celui de Patrick Ouardes sur Télé70.com : "Cette série nous décrit les enquêtes assez délirantes de l'inspecteur Paumier, chef, à la préfecture de police de Paris, de la brigade des Maléfices. Dès le début de chaque épisode, l'inspecteur nous est présenté comme « le Sherlock de la féerie, Maigret de la sorcellerie moderne, expert en sciences occultes, familier de l'invisible ». Fonçant dans son side-car jaune et rouge, avec son fidèle compagnon Albert, toujours revêtu d'un costume d'aviateur, l'inspecteur Paumier s'attache à démêler les enquêtes les plus inattendues, mêlant les fées qui comme on le sait ont une prédilection particulière pour la forêt de Fontainebleau, les belles extra-terrestres qui préfèrent elles le bois de Boulogne, les vampires qui tombent amoureux de leur dentiste, les fantômes qui, faute de châteaux, errent dans les HLM , quand ce n'est pas le diable lui-même incarné par l'inquiétant Pierre Brasseur. L'inspecteur a aussi fort à faire avec son rival, l'inspecteur Muselier, technocrate obtus, qui ne voit partout que rationalité, et dont le seul désir est d'envoyer Paumier à l'asile."

On le voit bien : l'esprit de "La Brigade des Maléfices" demeure encore cinquante années après sa première diffusion. Notons que la chaîne FX l'aura rediffusée dans son intégralité en 2007 puis en 2009. Heureuse initiative qui fut complétée par une édition en DVD proposée par l'INA en septembre 2011.

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DISTRIBUTION

Léo Campion : Inspecteur Guillaume Martin Paumier
Jean-Claude Balard : Muselier
Marc Lamole : Albert
Jacques François : Le commissaire principal

Jacques François

Né à Paris le 16 mai 1920 et décédé à Paris le 25 novembre 2003, Jacques François est un acteur français qui s'est illustré par des seconds rôles charismatiques. Il a incarné à l'écran de nombreux personnages cravatés, ministres, avocats ou hommes d'affaires. Sa carrière commence dans les années 1940 par quelques rôles dans des films Hollywoodiens, comme "Entrons dans la danse" (1949) ou "Le Convoi de la peur". Il s'ensuit alors une période où il se consacre davantage au théâtre avec succès.

Il renoue avec le cinéma dès le début des années 1970. La diversité de ses apparitions au cinéma réside plus dans la variété des films que des personnages austères qu'il représente, du PDG ridicule dans "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" (1972), au pharmacien colérique du "Père Noël est une ordure" (1982). Il s'illustre dans de nombreux films comiques, comme "Le Gendarme et les Gendarmettes" (1982), "Papy fait de la résistance" (1983) ou "Les Couloirs du temps : Les visiteurs 2" (1998). Il avait tellement aimé Le Père Noël est une ordure au théâtre qu'il supplia l'équipe du Splendid de lui donner un rôle dans le film.

Jean-Claude Balard

Comédien notamment spécialisé dans le doublage, il a participé aux deux "Star Wars, épisode I : La Menace fantôme" et "Star Wars, épisode II : L'Attaque des clones" dans le rôle de Sio Bibble (Oliver Ford Davies). Parmi les nombreuses séries auxquelles il a apporté sa précieuse voix, citons prioritairement "L'Homme de Vienne" avec Robert Conrad.

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Marc Lamole
FICHE TECHNIQUE

Créée par : Claude Guillemot, Claude-Jean Philippe
Produite par : Jacques Gaillon
Musique : Jorge Milchberg, Armand Migliani
Directeur de la photographie : Denys Clerval
Assisté de : Noël Véry
Son : Jean-Louis Ughetto
Perchman : Dominique Dalmasso
Décors : Jean-Louis Dhuit
Ensemblier : Henri Offroy
Maquillage : Monique Sausseau
Régisseur général : Pierre Andrieux
Assistants-réalisateurs : Jean-Yves Rouseau, Jean Roger Sahunet
Script-girl : Béatrice Morch
Secrétaire de production : Henriette Beaugeois
Photographe de plateau : Jacques Boulay
Chef machiniste : Bernard Borel
Chef électricien : Roger Bucher
Montage : Marie Aimée Debril
Assistée de : Bella Kesbi
Cascadeurs : Jacques Vandooren, Eric Vasberg, Charles Dalin
Laboratoire : Eclair
Auditorium : SIS
Production : Les Films Jacques Baillon (1971)

 

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