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Alias (2001, 2006) : la série d’espionnage avec Jennifer Garner

Par Christophe Orzechowski

 

En 2001, peu de temps après les terribles et dramatiques événements du 11 septembre, des héros avides de défendre les Etats-Unis apparaissent sur les écrans télévisés américains. Parmi eux, une belle et jeune espionne entre en scène dans des aventures pleines d’action, et suscite l’enthousiasme et l’adhésion des spectateurs qui la découvrent. Brillante et talentueuse, étudiante le jour et espionne la nuit, Sydney Bristow combat les terroristes tout en tentant de maintenir un semblant de normalité dans son existence. J.J. Abrams, petit à petit, impose sa marque à la télévision, en imaginant des concepts susceptibles d’enflammer l’imagination, et renouvelle de façon judicieuse la figure traditionnelle de l’espionne sexy et aventurière.

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Jennifer Garner est Sidney Bristow / Crédit photo : ABC Television.

Étudiante le jour, espionne la nuit

L’anecdote est désormais connue des fans de la série "Alias". Ainsi, elle serait née de cette réflexion lancée dans une salle des scénaristes : « et si Felicity était recrutée par la CIA et devenait une espionne ? » La Felicity en question est celle de la série éponyme, diffusée depuis 1998 sur ABC. Une série douce et tendre sur la post-adolescence, avec comme protagonistes principaux non pas des lycéens, comme c’est souvent le cas dans les teen-dramas, mais des étudiants, qui entrent doucement dans l’âge adulte, tout en suivant les cours à la faculté.

Le problème, avec une série qui met en scène ce type de personnages, quelque peu gentils et lisses, de l’aveu même de J.J. Abrams, c’est qu’elle finit par se révéler difficile à écrire sur la longueur. Il faut donc imaginer les scénaristes d’une série, réunis dans une salle, autour d’une table, cherchant de nouvelles idées. C'est alors que sort d'un peu de nulle part cette réflexion, parce qu’il faut bien proposer quelque chose au bout d’un moment : « et si Felicity était recrutée par la CIA et devenait une espionne ? »

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Crédit photo : ABC Television.

Alias, une série aux multiples facettes

L’idée, mine de rien, fait son chemin. J.J. Abrams entrevoit alors la possibilité d’en faire une série à part entière. La chaîne américaine ABC semble partante, séduite par le projet. Une série d’action et d’aventures, avec une jeune femme belle et sexy aux multiples identités, héritière de nombreuses héroïnes l’ayant précédée, c'est effectivement attrayant. Abrams commence à imaginer le personnage de Sydney Bristow, une étudiante espionne, qui travaillerait pour une division secrète de la CIA, le SD-6. Tout en poursuivant ses études, mais aussi en se laissant du temps, comme le découvriront les téléspectateurs, pour sa vie personnelle ainsi que ses amis.

Sauf que, en réalité, le SD-6 n’est pas une division de la CIA, mais une agence d’espionnage au service de l’Alliance des Douze. Une organisation ennemie des Etats-Unis. Une sorte de spectre pour notre héroïne, qui a désormais tout d’un James Bond au féminin. Aussi, lorsque son fiancé est assassiné, Sydney comprend que le SD-6 n’appartient pas forcément au camp du bien comme elle s’en était persuadée. Folle de rage, elle file proposer ses services à la véritable CIA qui lui propose de devenir agent double. Tout comme l’est déjà son père, Jack Bristow. Un père quelque peu absent, qui avait pris ses distances avec sa fille, et avec lequel il faudra que Sydney renoue. D’autant plus que la mère de Sydney, Laura, est morte dans un accident de voiture.

Comme ce sera souvent le cas, dans les productions Bad Robot, héros et héroïnes ont des relations compliquées avec leurs parents. Le père est donc une figure avec laquelle il convient de se réconcilier. "Alias", pour son créateur J.J. Abrams, et à l’image de sa vedette, est finalement une série protéiforme : tour-à-tour relevant de l’espionnage, de l’action, du drame familial, etc. Mais alors que la série s’apprête à commencer sa diffusion à la rentrée 2001, le drame du 11 septembre se produit...

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Jennifer Garner / Crédit photo : ABC Television.

Septembre 2001 : une rentrée télévisuelle particulière aux Etats-Unis

ABC ne renonce pas pour autant à diffuser la série. Pour palier cet événement dramatique, qui risquerait d’affecter sa diffusion et sa réception auprès du public, les scénaristes vont éloigner "Alias" de toute référence à des événements géopolitiques récents ou même plus anciens.

Les principales missions de Sydney, qui l’emmènent aux quatre coins du monde, vont lui faire rechercher les artefacts de Milo Rambaldi, nébuleux personnage du quinzième siècle entouré de mystère, à la fois inspiré de Leonard de Vinci et de Nostradamus. Une mythologie d’importance qui charpente la série est donc introduite grâce à lui. Ses inventions, bien trop en avance sur leur temps, et ses prophéties, suscitent toutes les convoitises aussi bien de la part des services secrets que des terroristes.

Malgré l’ambiguïté de certains personnages, comme le mielleux Arvin Sloane (en réalité l’un des grands méchants de la série) ou la machiavélique Irina Derevko, "Alias" se présente comme très manichéenne : la CIA est véritablement présentée comme les gentils de l’histoire en lutte contre toutes les autres agences. Elle est incarnée dans la série par le personnage de Michael Vaughn, l’agent de liaison de Sydney. Un garçon dévoué, qui n’est pas non plus insensible au charme de l’héroïne. On ne se refait pas.

La CIA, les agents américains du côté du Bien, et défendant l’Amérique contre les terroristes, vont ainsi avoir le vent en poupe, en cette rentrée américaine 2001. Si ABC dégaine "Alias", la FOX lance "24 Heures Chrono", série vendue sur un « hard-concept » particulièrement addictif : chaque épisode se déroule en temps réel, avec un écran partagé rappelant aux téléspectateurs que plusieurs actions prennent place en même temps. Une série au ton bien plus sombre. Sur CBS débarque "Espions d'État", qui ne connaîtra pas la même notoriété ni le même succès que ses consoeurs. Elle durera tout de même deux saisons, mais ses intrigues ne séduiront pas pour autant le public.

Avec ces différentes séries, il s’agit finalement de proposer au public américain des figures rassurantes ainsi qu'une vision positive du renseignement américain en lutte contre le terrorisme qui désormais frappe partout.

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Jennifer Garner / Crédit photo : ABC Television.

Alias, une série qui s’amuse des codes télévisuels

Car "Alias", sur plusieurs plans, innove par rapport à certaines séries concurrentes. Le générique de début apparaît souvent à la fin du premier acte de l’épisode, soit près de 10 à 15 minutes après le début de celui-ci. Chaque épisode se clôture sur un cliffhanger haletant. Chaque épisode est souvent la suite directe de la fin de l’épisode précédent. Avec cette série, mais également avec "24 Heures Chrono", c’est le retour des séries-feuilletons à suivre d’épisode en épisode. Les spectateurs assidus sont récompensés de leur fidélité.

Du côté des intrigues, "Alias", tout comme "24 Heures Chrono", enchaîne les rebondissements invraisemblables, demandant une forte suspension consentie d’incrédulité au spectateur. Dans "Alias", l'espionnage n’est absolument pas traité de façon réaliste, mais est présenté de façon fun, amusante, et décomplexée. Ainsi, Sydney doit cacher à ses amis proches qu’elle est en réalité espionne, mais aussi mentir désormais à ses collègues du SD-6, dissimuler qu’elle est agent double. Là voici donc obligée de partir en mission à l’autre bout du monde en étant prévenue la veille pour le lendemain, puis revenir deux jours après sans jamais souffrir de la moindre fatigue ou du moindre décalage horaire, et enfin poursuivre en même temps, tout du moins dans cette première saison, ses études à l’université.

Mais ces multiples intrigues font partie du « jeu ». Quant au public, il peut regarder la série pour d’autres raisons : découvrir ce que recouvre le mystère Rambaldi; savoir qui Sydney va-t-elle choisir entre Michael l’agent de liaison, ou l’ami de longue date, Will Tippin, incarné tout de même par le séduisant Bradley Cooper; ou tout simplement voir quelle identité Sydney va-t-elle devoir emprunter lors de sa prochaine mission.

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Jennifer Garner dans la série Alias - 2001.

Alias, un casting solide au service de la série

Du côté des comédiens, la distribution régulière est soigneusement choisie avec des comédiens ayant tous déjà fait plus ou moins leurs preuves à l’écran. Pour incarner le rôle-titre, J.J. Abrams jette son dévolu sur Jennifer Garner, déjà aperçue dans plusieurs productions télévisées, et qui avait déjà un rôle semi-récurrent dans "Felicity".

A ses côté, le comédien afro-américain Carl Lumbly, guest-star dans plusieurs séries, a commencé sa carrière dans les années 1980. Il a notamment incarné le rôle-titre de "M.A.N.T.I.S.". Michael Vartan est, lui, le neveu de Sylvie Vartan et cousin de David Hallyday. L’ acteur français a tourné avec Keri Russell dans "Cursus fatal" et dans "College Attitude", aux côtés de Drew Barrymore. A la télévision, il fut le fils de Tom Selleck dans "Friends" et était l’ un des prétendants d’Ally McBeal dans la quatrième saison de la série éponyme.

Kevin Weisman est un visage familier dans le monde des séries tout comme Merrin Dungey. Pour les rôles respectifs du père et du chef de Sydney, J.J. Abrams a engagé deux acteurs de grand talents :

- tout d'abord, Victor Garber qui campe Jack Bristow. Même s’ il apparaît surtout au théâtre, on a pu le voir à la télévision, en vedette-invitée dans "La Cinquième Dimension", "Les Ailes du Destin", "New York Police Judiciaire" et "Frasier". Sur le grand écran, il était le meilleur ami de Tom Hanks dans "Nuits blanches à Seattle". Enfin, on n'oubliera pas de sitôt son rôle dans le "Titanic" de James Cameron.

- Ensuite, le maléfique Arvin Sloane est incarné par Ron Rifkin (le Dr Vucelich dans la seconde saison d’"Urgences"), également apparu dans "Columbo", "200 Dollars plus les frais", "Falcon Crest", "Côte Ouest", "Capitaine Furillo" et "New York Police Judiciaire". Au cinéma, ainsi on a pu le voir dans "JFK", "Wolf", "L.A. Confidential" ou encore "Le Négociateur".

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Jennifer Garner / Crédit photo : ABC Television.

Alias, la perception par la critique

A l’occasion de la sortie du DVD de l’épisode-pilote, Claude Bolot écrira dans le magazine L’Écran Fantastique n°237 de novembre 2003 : « Écrit et réalisé par J.J. Abrams, le créateur de la série, ce pilote d'une durée inhabituelle pour les jalons de ce que sera la première saison de "Alias". Les personnages sont tous magnifiquement campés, sont fouillés, l'intrigue passionnante, le montage haletant, les rebondissements, déjà prennent le spectateur à la gorge, d'autant que Jenifer Garner, véritable révélation, humanise son rôle de 007 au féminin. Elle rayonne de beauté, tant dans l'action que dans les scènes intenses d'émotion, nous faisant partager ses malheurs, comme une séance de torture particulièrement douloureuse. "Alias" est absolument indispensable à tout amateur d'action, d'espionnage, ou tout simplement de scénario captivant. »

Dans un article plus récent du journal Libération, du 2 octobre 2020, Clélia Cohen, à l’occasion d’une nouvelle diffusion de la série, se montre particulièrement enthousiaste à l’égard de la série. Elle écrit : « Intrigues d’espionnage invraisemblables, sentimentalisme cru, héroïne perruquée… C’est ce pêle-mêle réjouissant qui nous a rendus totalement accros à cette série rediffusée en intégralité sur AB1. »

Le premier paragraphe de l’article donne le ton : « Elle est arrivée dans un fracas, ou plutôt sur les vestiges désolés d’un monde en chantier : lancée le 30 septembre 2001, qui aurait pu prédire que cette série invraisemblable, voire outrageusement fantaisiste, avec ses histoires abracadabrantes d’agents doubles et son héroïne bien sous tous rapports, prompte à se déguiser pour un oui ou pour un non, allait capter notre attention ? Non, non, le monde avait changé, on n’était plus prêts à avaler de telles sornettes. Et pourtant, "Alias" nous a – un peu – sauvés. »

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Jennifer Garner / Crédit photo : ABC Television.

La diffusion française de la série Alias

En France, la série est tout d’abord diffusée sur Teva, chaîne du groupe M6, à partir du 13 février 2002, avant que M6 ne la diffuse à son tour, en septembre 2002. La diffusion française suivra toujours ce même principe, avec chaque nouvelle saison programmée en avant-première sur Teva, puis sur M6, à la rentrée suivante, dans la case du mercredi soir, ou du jeudi soir. La saison 5, en revanche, sera mise à l'antenne le jeudi soir sur M6 à partir de 22h40. Un tel changement de case-horaire de la part de la chaîne montrait qu’elle n’avait plus confiance en la série, en sa capacité à enregistrer des audiences satisfaisantes pour elle.

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Jennifer Garner et Victor Garber / Crédit photo : ABC Television.

Alias, une série aux qualités multiples

Pour clôturer cette longue rétrospective consacrée à la série, il convient de passer en revue ses grandes qualités formelles. "Alias" a bénéficié de l’interprétation de deux talentueux interprètes :

- Jennifer Garner, qui a tout de même porté la série en grande partie sur ses épaules cinq années durant. Si la série lui a donné une notoriété certaine, la comédienne s’est beaucoup investie dans celle-ci, en effectuant par exemple toutes ses cascades elle-même, ce qui a pu donner un certain cachet aux scènes de combat.

- Ron Rifkin, tour-à-tour détestable et cruel, puis touchant et émouvant, dans son interprétation d’Arvin Sloane. Si l’on peut juger du travail des autres interprètes, trouver à y redire, penser par exemple que Michael Vartan ou Victor Garber avaient un jeu quelque peu austère et monolithique, retenons au moins les prestations de ces deux comédiens, sur lesquels reposaient en grande partie la série. Car oui, "Alias" est aussi l’histoire de l’obsession d’un homme, obsession dévorant tous les aspects de son existence, pour la nourrir, au prix d’une quête quelque peu vaine.

Pour la partie technique, elle a vu émerger un brillant compositeur, Michael Giacchino, qui aura su donner une touche particulière à "Alias", mais aussi à "Lost", et depuis à tous les projets sur lesquels il a participé. Côté invités exceptionnels, la série a eu son compte, concernant les grands noms de l’industrie ayant accepté d’apparaître dans la série : Quentin Tarantino, Ricky Gervais, Faye Dunawaye, Roger Moore, Angus Scrimm, David Carradine, Rutger Hauer, David Cronenberg, Christian Slater, Angela Bassett ou encore John Hannah, la liste est longue et riche à la fois. 

Dans la coulisse, J.J. Abrams aura su s’entourer de talentueux scénaristes afin de travailler sur la série. Les noms de plusieurs d’entre eux se retrouveront au générique de plusieurs autres séries souvent en position de producteurs exécutifs. Enfin, sur le fond, la série aura été thématiquement des plus riches. "Alias", dans tout ce qu’elle évoque, aborde avant tout la question de l’identité. En posant de nombreuses questions, à la fois à son héroïne, mais également au public. A travers toutes ses identités fluctuantes, ses impostures, ses mensonges, ses alliances, qui est vraiment Sydney Bristow, cette jeune fille élevée dans une famille dysfonctionnelle ? Qu’est-ce qui fonde vraiment notre identité, qui fait que l’on reste soi-même, alors que l’on est dans le changement permanent ? A toutes ces questions, et d’autres encore, la série ne répond pas, car ce n’est pas son rôle. En effet, celui-ci avant tout est de les poser simplement tout en divertissant son public.

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Crédit photo : ABC Television.

Fiche technique

Série dramatique américaine en 5 saisons (1 pilote de 64 minutes, et 104 épisodes de 42 mn), produite et diffusée de 2001 à 2005 sur ABC.
Créée par : J.J. Abrams.
Produite par : Sarah Caplan, Jesse Alexander, Jeff Pinkner, Chad Savage, Sisyphus productions & Touchstone television.
Producteur associé : Nicole Carrasco.
Producteurs exécutifs : Alex Kurtzman, J.J. Abrams, John Eisendrath, & Roberto Orci.
Co-producteur exécutif : Ken Olin.
Musique : Michael Giacchino.
Thème du générique : J.J. Abrams.
Coproducteurs : Daniel Arkin, Tiffany Roquemore-Delorme, Vanessa Taylor, Nicole Carrasco (2ème saison), Robert Williams (2ème saison).
Producteurs associés : Nicole Carrasco, Robin-Alain Feldman (épisode-pilote), Bryan Burk (2ème saison), Scott Collins (2ème saison), Meighan Offield (2ème saison).
Directeurs de la photographie : Michael Bonvillain. Montage : Marianne Brandon, Quincy Z. Gunderson, Ginny Katz, Stan Salfas.
Directrices de casting : Janet Gilmore, Megan McConnell, Mandy Sherman, April Webster.
Costumes : Laura Goldsmith.
Coordination des effets spéciaux : John S.Baker, Bruce Y. Kuroyama.
Coordination des effets visuels : Kevin Blank.
Coordination des cascades : Jeff Habberstad, John Medlen, Gregg Smrz, Merritt Yohnka.
Une production Bad Robot, en association avec Touchstone Pictures et Buena Vista Distribution.

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Jennifer Garner / Crédit photo : ABC Television.

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